Dans un post sur Facebook du 31 décembre Jean-Luc Mélenchon clame sa fascination pour Eric Drouet, animateur hyper médiatique d’une page Facebook très suivie par les Gilets Jaunes. « C’est pourquoi je regarde Éric Drouet avec tant de fascination »  et il fait le parallèle facile avec un autre Drouet historique « Drouet, c’est cet homme qui a observé attentivement cette diligence bizarre sur la route de Varennes en juin 1791. Il a reconnu le passager. C’était le roi Louis XVI fuyant Paris, le peuple et la révolution. Il continue par «  Et je lui parle de ce Drouet comme d’un modèle de citoyen qui sait aller à l’action révolutionnaire sans tortiller, pour faire vivre la République. « Ce n’est pas légal » hurlaient les réactionnaires de l’époque. « Et alors ? » demande Robespierre. » et Mélenchon enchaîne avec « J’en finis avec mon clin d’œil historique. Le Drouet de Varennes est resté un révolutionnaire républicain jusqu’à son dernier souffle, dans une vie pleine de rebondissements. »

Admirable envolée d’un leader se réclamant de la Gauche.

 François Reynaert a publié dans L’Obs, le 2 janvier 2019 , une intéressante analyse du billet de Mélenchon.

« Grâce à trois feuillets publiés sur un réseau social, on se retrouve donc à inaugurer l’année 2019 avec un bon vieux délire qui nous replace quelque part au milieu du XXe siècle, au temps des débats sur la "fin et les moyens", la violence régénératrice, la nécessité de faire fi de la "fausse légitimité bourgeoise", la glorification de la nécessaire Terreur et toutes ces joyeusetés.

Naïvement, on avait cru cette rhétorique dépassée. Il faut dire que le siècle lui avait fait une mauvaise publicité. Grosso modo, depuis les bolchéviques de 1917, il n’est pas un humaniste modèle Pol Pot qui ne s’en soit servi pour justifier ses millions de morts. Après le goulag soviétique, les camps de concentration cubain, le génocide khmer rouge et l’on en passe, on pensait qu’il ne se trouverait plus grand monde pour oser nous refaire le coup de "la révolution n’est pas un dîner de gala", citation préférée des gauchistes des années 1970, due au président Mao, quarante millions de massacrés au compteur.

Il faut croire que les mythologies les plus funestes ont la vie dure. Nous revoilà donc, grâce à l’Insoumis du giletjaunisme, face à cette vieille dialectique »

Le journaliste de L’Obs ajoute : « Mélenchon admire dans Drouet numéro 2 – celui qui appelait à marcher sur l’Elysée [BFM télé - le 5 décembre] - le héros à poigne, le surmâle qui, pour faire triompher son combat, n’est pas homme à s’embarrasser du "légal". Dans l’affaire de Varennes, c’est le roi, qui, en fuyant son trône pour s’allier à des ennemis de la France, s’était mis hors la loi.

Drouet numéro 1 n’avait fait au contraire que s’y conformer en la faisant respecter. Par la suite, il est vrai, le bouillonnant maître des postes fut plus conforme aux fantasmes turbulents de notre néo-montagnard marseillais. Elu député à la Convention en septembre 1792, il devint un des ultra assoiffés de sang et de violence qui ont fait la triste réputation de la vingtaine de mois qui ont suivi. »

L’article de L’Obs se conclut ainsi : « A part les nostalgiques des aimables tyrans soviétoïdes susmentionnés, on ne croyait pas qu’elle [cette rhétorique dépassée] eût encore des fans. Rappelons donc au passage que c’est pour ne jamais la voir renaître que notre pays a peu à peu établi la démocratie telle qu’elle existe aujourd’hui. Elle repose sur les vertus de la délibération, elle suppose le rejet absolu de la violence, elle donne à chacun le droit de manifester pour faire entendre ses idées, à condition que cela soit dans le respect de l’ordre public et dans la paix. Elle repose sur l’Etat de droit, ce bien commun admirable et fragile, sur lequel M Mélenchon vient de cracher, avec une désinvolture qui laisse pantois. »

L’Obs n’est pas le seul à s’intéresser à M. Drouet. Le Parisien du 3 janvier publie : « Chauffeur routier de Melun (Seine-et-Marne), Eric Drouet, 33 ans, se veut « totalement apolitique ». En quelques semaines, il a élargi le champ des revendications, relayant des thèses complotistes, et radicalisant sensiblement son propos. Jusqu’à appeler à marcher sur l’Elysée et à entrer d’autorité dans le palais présidentiel. Interpellé fin décembre lors de l'« Acte VI » des manifestations à Paris, Drouet sera jugé le 5 juin pour « port d’arme prohibé de catégorie D », après avoir été retrouvé porteur d’une sorte de matraque. Plus récemment, il a supprimé d’une page Facebook de Gilets jaunes un article qu’il avait relayé, où était dénoncés « l’immigration de masse », ainsi que les « racailles » et « cas sociaux venus des ghettos pour piller la marchandise » en marge des manifestations. »

Ajoutons qu’Eric Drouet a mis en scène une deuxième interpellation le 2 janvier, pas très loin de l’Elysée. Cela lui a donné l’occasion de se  « victimiser » et  de dénoncer « la police politique » qui s’acharnerait sur lui. Il déclare cependant en parallèle sur sa page Facebook « Nous avons fait ça [organiser la manifestation de mercredi soir] pour en arriver là. On voulait montrer aux Français qu'on n'était pas libre. […] Le coup de com, je crois qu'on la fait là. C’était à condition d’aller passer 24 heures en garde à vue mais franchement c’était deux fois ce que j’attendais." [source L’obs] Tartuffe n'est pas mort.

Son admirateur béat n’a pas raté l’occasion de faire parler de lui : « De nouveau Éric Drouet interpellé. Pourquoi ? Abus de pouvoir. Une Police politique cible et harcèle désormais les animateurs du mouvement gilet jaune. #GiletsJaunes — Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 2 janvier 2019 »

Qu’en pensent d’autres leaders de  La France Insoumise, dont le député de la 1ère circonscription de Lille ?

Le monde daté du 2 janvier 2019 : « Jean-Luc Mélenchon est « coupable de féliciter ceux qui font trembler le pouvoir », a défendu sur Twitter Manuel Bompard, dirigeant de LFI. « Les personnages qui font ce mouvement des “gilets jaunes”, Eric Drouet en est un, il y en a beaucoup d’autres, (…) effectivement nous fascinent », a précisé le député du Nord Adrien Quatennens, se réjouissant de « voir le peuple se réapproprier la question politique »

La France Insoumise est toujours prompte à faire au président de la République un procès en légitimité au motif que moins de 20% des inscrits ont voté pour lui lors du premier tour de la présidentielle. (NB : Jean-Luc Mélenchon oublie toujours de rappeler son score de 14,8% des inscrits à ce même premier tour, qui représentent près de 1,6 millions de voix en moins que le total d’Emmanuel Macron !  Cela ne l’a pas empêché de  déclarer« La République c’est moi » sur la vidéo réalisée lors de la perquisition de son appartement !)

Adrien QUATENNENS  a été élu député La France Insoumise en juin 2017 avec 50,32% des suffrages exprimés. En analysant les chiffres officiels sur le site de la préfecture du Nord on a une vision un peu plus contrastée de cette très chiche victoire.

Au premier tour des élections législatives de juin 2017, M. Quattenens a réuni 5 236 voix soit 8,48 % des inscrits. Au deuxième tour il a totalisé sur son nom 11 039 voix, soit 17,88% des inscrits  et a été élu avec exactement 50 voix d’avance sur le candidat de la République en Marche (10 989 voix)

Les chiffres le montrent clairement : c’est un véritable plébiscite, que dis-je, un triomphe écrasant pour Adrien Quatennens et un blanc-seing pour ses prises de positions à venir. Il a une légitimité absolue pour représenter l’ensemble des lillois de la 1ère circonscription ! A l'aune des critères habituel de La France Insoumise pour juger les autres, que pense-t-il de sa propre représentativité ? Pourquoi ne convoque-t-il pas un référendum local pour demander l'avis des électeurs de sa circonscription et recueillir un nouveau plébisicte sur ses positions actuelles ?

J’espère que les Lillois sont ravis de voir leur député « fasciné » par un Gilet Jaune qui ne cesse d’appeler à troubler l’ordre public et rêve de pénétrer de force à L’Elysée. Gilet Jaune qui apprend vite au demeurant, puisqu’à l’utilisation démagogique en virtuose des réseaux sociaux il ajoute maintenant l’art de la mise en scène politique. Peut-être qu’un autre démagogue également virtuose des nouvelles technologies lui souffle des leçons ?