Un article sur nouvelobs.com le 30 janvier titrait : « Maxime Nicolle, alias Fly Rider, menace de quitter la France s’il n’y a aucune avancée » et relate le contenu d’une vidéo du « cavalier de mouche » (traduction littérale) publiée sur sa page Facebook.

On y apprend que le susnommé adresse un ultimatum au gouvernement et lui met le marché en main. « Si dans les deux semaines qui suivent, il n'y a aucune avancée, aucune avancée concrète financière envers le peuple et pour tous les membres de la population (…) je pars de ce pays, je fais une demande d'asile constitutionnel et je me battrais à l'extérieur, mais je peux vous garantir que j'y passerai ma vie [...] jusqu'à ce que j'en crève «

Il se compare ensuite à Julian Assange le responsable de Wikileaks (réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis 2012.)  "S'il faut aller comme le directeur de Wikileaks au fond de la cave pendant six ans, c'est pas un problème ! Je me battrai jusqu'au bout." 

Et il conclut « J'en appellerai aux Nations-Unies et aux pays du monde entier à venir en aide à la population française. »

 

 Jean-Michel Bretonnier dans la rubrique « Le débat du jour » de La Voix du Nord du 31 janvier analyse et explique : « Star des réseaux sociaux, il a fini par croire à sa propre gloire et à son importance. Au point de « menacer » de quitter le pays, si… » L’auteur ajoute : « L’indignation de ce porte-parole est offerte à ses milliers d’amis sur Facebook, qui eux-mêmes la partagent largement à leur tour. La plateforme a changé récemment son algorithme : plus d’amis, plus de groupes, moins de marques et moins de médias. Les utilisateurs de Facebook sont donc enfermés dans les mêmes réseaux, qui pensent de la même manière. Un effet de répétition qui conforte chacun dans ses certitudes et crée des sortes de fraternités, avec leur solidarité et leur sectarisme. »

La première tentation est de prendre au mot le Sieur Nicolle et de lui souhaiter un bon voyage ainsi qu’un un bon séjour dans sa cave (il pourrait se renommer Carvern’Nicolle). Nouvelobs.com indique d’ailleurs qu’« une cagnotte a par ailleurs été lancée sur le site Leetchi afin de lui payer un billet pour la Russie (à défaut de lui offrir le style nord-coréen qui serait un peu plus extrême) »

En fait cette péripétie conforte l’analyse présentée dans un précédent billet « Facebook : vecteur d’apartheid et de cancers de la démocratie ? »

Sur le même site le même jour on apprend que « Eric Drouet veut porter plainte contre Castaner pour "dénonciation calomnieuse" Invité de RMC ce mercredi, Eric Drouet a annoncé son intention de porter plainte pour "dénonciation calomnieuse" contre le ministre de l'Intérieur. Une réponse à Christophe Castaner, qui avait expliqué souhaiter que la justice poursuivre cette figure des "gilets jaunes" pour avoir appelé à un "soulèvement sans précédent" dans un communiqué. Il ajoute : « Quand nous parlons de soulèvement, nous parlons de mobilisation lors des manifestations. Les accusations qu'il porte sont très graves", Admettant que le communiqué avait été rédigé "dans la précipitation", il indique également que l'expression utilisée dans le texte "par tous les moyens utiles et nécessaires" n'était pas un appel à durcir le mouvement, et provoquer de nouvelles violences ou une aggravation du type de violences observées au cours de nombreux rassemblements des gilets jaunes.

Petit aparté de vocabulaire, d’après le Petit Larousse.

Soulèvement : mouvement de révolte collective, d’insurrection.

Insurrection : fait de de s’insurger, de se soulever contre le pouvoir établi pour le renverser.

Mobiliser : faire appel à l’action de quelqu’un, d’un groupe.

Calomnie : fausse accusation qui blesse la réputation, l’honneur.

Si on s’en tient au sens des mots, le ministre de l’intérieur est tout à fait fondé à signaler au procureur de la République, par le biais de l’article 40 du code pénal, la déclaration d’Eric Drouet qui peut être entendue littéralement comme "un appel  au renversement des Institutions » Il appartiendra au procureur de décider s’il poursuit ou pas Monsieur Drouet.

La plainte que le même Drouet entend déposer pour « dénonciation calomnieuse » aura sans doute du mal à prospérer car elle paraît plutôt mal étayée, sémantiquement parlant. S’il dépose effectivement cette plainte,  la Justice tranchera.

A la lecture de ces deux articles, mon premier réflexe fût plutôt amusé, d’où le titre de ce billet.

A la réflexion, ces deux déclarations traduisent une situation extrêmement grave : ces deux leaders des Gilets Jaunes sont grisés par leur succès sur les réseaux sociaux et se sentent sans limites [Cf. "J'en appellerai aux Nations-Unies"] Leur manque de maîtrise de concepts dont ils se gargarisent en boucle, qui se traduit par l’imprécision du vocabulaire utilisé, ne peuvent qu’attiser des revendications où tout se mélange et qu’il deviendra impossible à satisfaire, engendrant de nouvelles frustrations. Il en résulte un cercle vicieux qui s’autoalimente, le public Gilets Jaunes semblant partager les mêmes travers en mélangeant les notions, en gobant et propageant les fake news les plus énormes et en appelant par exemple « Taxe », des amendes pour excès de vitesse ou des cotisations sociales…

 

Les politiciens qui soufflent sur les braises, essentiellement issus de La France Insoumise, le Rassemblement National, Debout la France, l'Union Populaire Républicaine, jouent vraiment aux apprentis sorciers ! Vu la nature du carburant du brasier qu’ils attisent, ils seraient bien en peine de l’éteindre.

 

Note : Article 40 du Code pénal.

 Le procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur donner conformément aux dispositions de l'article 40-1.

Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs.