Depuis le 5 décembre, les syndicats combattent violemment le projet de retraite universelle par points qui figurait dans le projet du candidat Macron. C’est tout à fait leur droit et mon propos ne sera pas de le nier mais de proposer une lecture de certains actes perpétrés par une organisation syndicale, en mettant en exergue des faits contextuels et en proposant une conclusion.

Les faits.

La fédération CGT Energie s’est lancée depuis quelques jours dans des opérations de coupure sauvage d’électricité, non dénoncées par le secrétaire général de la confédération CGT,  M. Philippe Martinez mais au contraire revendiquées par la dite CGT Energie.  Par exemple, Francis Casanova, délégué syndical central CGT chez RTE (réseau de transport de l’électricité, lignes hautes tension) :« on considère que ce n’est pas de la malveillance. C’est une façon pour les salariés de RTE de montrer que s’il y a de l’électricité dans ce pays, c’est parce qu’ils sont au travail tous les jours », Ces coupures sont également pratiquées par la distribution (Enedis) : le 17 décembre à Capécure, zone industrielle boulonnaise spécialisée dans la transformation du poisson (en pleine période de préparation des commandes pour Noêl) ou au centre commercial d’Englos le 18 décembre en pleine période d’achats pour les fêtes. Les  CGT locales ont revendiqué les coupures du courant des stades d’Agen et Castres pendant les matchs de rugby du top 14 samedi 21 décembre.

Le contexte social et financier

D’après la Cour des Comptes, les salariés d’EDF bénéficient de salaire plus élevés que le reste des entreprises du secteur de l’énergie « 8 % au-dessus de la médiane des rémunérations totales d’entreprises du secteur de l’énergie pour les non cadres et 10 % pour les cadres (hors cadres dirigeants » (rapport public annuel de février 2019)

Les salariés de l’énergie bénéficient d’un régime spécial de retraite géré par la Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG)  qui regroupe 152 entreprises (dont les 133 entreprises locales de distributions d’électricité ou de gaz, les ELD) mais les 6 plus grosses (EDF, Engie, RTE,  ERDF, GRT gaz, GrDF,) concentrent 92% des cotisants.

Ce régime concerne 324 000 personnes : 142 000 cotisants pour 182 000 bénéficiaires qui perçoivent 5 Milliards € de prestations annuelles.  Depuis une réforme de 2004, il se rapproche du droit commun et du régime des fonctionnaires, sauf pour les droits historiques ouverts par les agents avant 2004 (droits spécifiques)

Les droits dits "spécifiques" (part des retraites du régime spécial non couverte par les financements issus des régimes de retraite du droit commun) sont financés par une "contribution tarifaire d'acheminement" (CTA) payé par les clients abonnés au gaz et/ou à l’électricité et par des cotisations d'équilibre des entreprises. La subvention des usagers (incluse dans les factures) est de 1,5 Milliard € soit 30% (source  dossier VdN du 4 septembre 2019)

Age de départ des électriciens et gaziers : à partir de 60 ans pour les agents classés en catégorie "sédentaire". Cet âge atteindra 62 ans, en 2024. A partir de 55 ans pour les agents ayant effectué au minimum 15 ans de services en catégorie "actifs" ou 10 ans en catégorie "insalubres" nés avant 1962. Cet âge atteindra 57 ans, en 2024.

Les agents actifs ou retraités (et leurs familles) des entreprises historiques (créées avant la libéralisation de l’énergie) soit 650 000 personnes, bénéficient des prestations de la  "caisse centrale d'activités sociales" (CCAS) qui gère les activités sociales dont les séjours de vacances, les assurances et la restauration d’entreprise. Le budget de la structure est abondé notamment par 1% du chiffre d’affaires de la vente du gaz et de l’électricité soit  475 millions d’Euros en 2012. Selon Wikipédia « La CCAS est considérée comme « le plus gros et le plus riche comité d'entreprise de France » La CCAS serait « le premier acteur du tourisme social en France » avec aujourd’hui plus de 400 000 personnes qui séjournent chaque année dans l’un de ses centres de vacances»  Depuis la création de son ancêtre en 1946, la CCAS  est toujours présidée par un élu CGT.

Les salariés d’EDF bénéficient de tarifs préférentiels pour leur électricité (et le gaz pour une partie) sur plus de 300 000 points de livraison (résidences principales ou secondaires). Toujours selon le rapport de la Cour des Comptes 2019, « l’avantage énergie serait couteux et disproportionné » Il se caractérise par les éléments suivants : gratuité de l’abonnement ; fourniture d’électricité à un tarif préférentiel (4 % environ du tarif de base), qui n’a jamais été revalorisé, contrairement à ce que prévoyait les textes internes ; exonération des taxes (le tarif préférentiel étant réputé toutes taxes comprises). Le manque à gagner pour EDF est évalué par la Cour des Comptes à 295 millions € pour l’année 2017. La quasi gratuité de l’énergie ne serait pas incitative pour limiter le gaspillage de celle-ci. La Cour des Comptes  relevait ainsi en 2013 « que la consommation d'électricité des ménages bénéficiant de ce tarif est trois fois supérieure à celle des autres foyers ». Une commission d'enquête parlementaire estimait pour sa part à 13,4 MWh la consommation annuelle par point de distribution, contre 4,9 MWh pour un client résidentiel moyen. Il est assez paradoxal de rapprocher ce fait des publicités d’EDF qui appellent les abonnés à réduire leur consommation d’énergie !

La Cour des Comptes pointe également que les avantages liés au logement (mise à disposition de 14 480  logements en 2017) représentent pour EDF une charge de 295 millions €, en augmentation de plus de 11 % par rapport à 2011. Le parc est qualifié de « pléthorique » par la Cour des comptes.

Conclusion.

Les électriciens bénéficient de gros avantages (durement acquis, selon les syndicats) et ont parfaitement compris que le passage à un système de retraite universel serait un nouveau coin enfoncé dans leur confortable rente de situation.

La CGT énergie est prête à tout pour annihiler cette réforme et se lance sans état d’âme dans les actions illégales consistant à interrompre la distribution de l'énergie électrique. Elle déclare par la voix de Francis Casanova, délégué syndical central CGT chez RTE : «  Le gouvernement doit « prendre ça comme un premier avertissement » car « il s’expose à des coupures plus massives »

Rappelons la définition d’un mot français.  Racket : extorsion d'argent par intimidation ou violence.

Il est assez tentant de faire le parallèle entre la situation d’un commerçant à qui on propose, moyennant rétribution, une protection contre la malveillance (s’il refuse, la dangerosité du quartier sera bientôt illustrée par une brique finissant sa course dans sa vitrine) et la menace de la CGT de RTE qui avertit que si on touche à la rente des électriciens, des actions très pénalisantes vont suivre… pour les citoyens et les entreprises afin qu'ils fassent pression sur le gouvernement.