Ce début 2020 est le temps des vœux et il est d’usage de souhaiter une bonne et heureuse année à tous. C’est fait.

Cette traditionnelle période de « trêve des confiseurs », où l’habitude veut également que l’on mette en suspend les différends, n’aura pas du tout été respectée, le conflit engendré par le projet de réforme du système de retraites étant encore très chaud.

Cette quinzaine aura continué à être alimentée par des « petites phrases politiques ou syndicales» de tout acabit dont certaines sont sujettes à caution ou mériteraient un brin de commentaire.

Commençons par un dossier de La Voix du Nord du samedi 28 décembre « Retraites : chez nos voisins comment ça se passe ? ». Ce dossier s’appuie sur la publication de la 11ème édition du Melbourne Mercer Global Pension, étude annuelle des systèmes de pension de 37 pays. La France est classée C+ (60-65 points) : «  Système qui présente beaucoup de bonnes caractéristiques mais aussi des risques et des lacunes importantes. Sans des améliorations son efficacité ou sa viabilité à longs termes peuvent être remise en question »

Les premiers de la classe sont les Pays bas et le Danemark classés A avec un score > 80 points.

Les scores sont la combinaison de 3 sous-indices : Performance (adequacy) pour 40%, Viabilité dans le temps (sustainabilty)  pour 35% et « Intégrité »  (intergrity) pour 25%.

Les scores de la France sont 79,1 pour la performance, 41,0 pour la viabilité et 56,8 pour l’intégrité.

Pays Bas : 78,5 pour la performance, 78,3 pour la viabilité et 88,9 pour « l’intégrité »

Danemark : 77,5 pour la performance, 82,0 pour la viabilité et 82,2 pour « l’intégrité ».

En première lecture on comprend que les pensionnés Français ont de bonnes prestations, mais que la viabilité du système est mauvaise et surtout que « l’intégrité ? » est très moyenne.

Ne comprenant pas ce que recouvrait ce concept d’intégrité qui compte pour ¼ de l’évaluation j’ai creusé un peu et je résume le fruit de mes recherches dans le rapport complet (disponible en anglais).

Tout d’abord, Mercer est le plus grand cabinet-conseil mondial dans le domaine des Ressources Humaines, Santé prévoyance, Gestion des retraites,…

Les Pays-Bas et le Danemark ont des systèmes mixtes qui combinent une retraite minimale forfaitaire financée par l’impôt et des retraites complémentaires de branches industrielles, par capitalisation dans des fonds de pension (Pays bas) ou une petite retraite de base publique complétée par une pension obligatoire financée par des plans d’entreprise et des pensions privées volontaires par capitalisation.

On subodore que Mercer est plutôt pro-retraite par capitalisation dans des fonds privés.

L’analyse des questions des sous-index confirme cette impression.

Par exemple dans le sous-index « Performance », une question porte sur l’existence d’un avantage fiscal pour les sommes épargnées dans un fonds de pension par rapport à la même somme placée en banque. Une autre porte sur l’âge minimum pour bénéficier éventuellement d’une rente d’un fonds de pension.

Le sous-index « Viabilité dans le temps » questionne entre autres sur la proportion de la population active souscrivant à un plan de retraite privé,

Enfin, le sous-index « Intégrité » est entièrement focalisé sur le degré de supervision des Etats sur les systèmes privés : approbation préalable obligatoire, nécessité d’un rapport annuel aux autorités, degré de suivi des autorités dans la gestion des fonds privés, nécessité d’avoir une politique définie d’investissement, des politiques de management des risques et de gestion des conflits d’intérêts. L’absence de ces éléments de sécurisation est sanctionnée par une note zéro. Notre pays ayant peu de plans épargne retraite et pas de fonds de pension, cela explique la note basse obtenue à ce sous-index. Cela ne signifie pas que notre système n’est pas intègre mais qu’il est peu privatisé.

Concernant les fonds de pension, les « responsables ? » de la gauche radicale crient que l’objectif de l’instauration d’un système universel par points est de casser le système par répartition pour aller vers un système par capitalisation. (il est vrai que les fonds de pension, notamment américains, en rêvent tout haut et se frottent les mains d’avance.)

Rappelons brièvement la différence entre système par répartition et système par capitalisation.

Dans la répartition, les actifs cotisent et les sommes collectées servent à payer les pensions des retraités

Dans la capitalisation, les actifs accumulent nominalement de l’argent sur un compte personnel. Ces sommes sont placées par le gestionnaire du fonds et les bénéfices (plus values de ventes d'actifs, dividendes et coupons annuels des obligations) sont reversés aux titulaires au prorata du montant final épargné sur leur compte.

La réforme voulue par Emmanuel Macron s’appuie sur le système par répartition pour la majorité des salariés et incite à recourir en complément à des fonds de pension pour les heureux salariés touchant plus de 10 000 € net par mois (ils sont moins de 1% des salariés) D’ailleurs ce n’est pas forcément un cadeau pour eux car l’employeur qui cotisait sa part au-delà de 10 000 € ne sera plus tenu d’abonder l’éventuel fonds de pension…

Rappelons que le système des retraites par capitalisation est pervers par construction. Par exemple aux Etats Unis le plan de retraite de Général Electric est potentiellement déficitaire de 22,4Md $, celui de  Boeing de 15,3 Md $ etc. Dans les fonds de pension, afin de servir les retraites, les gestionnaires doivent maximiser le rendement des fonds collectés et placés. Ils exigent donc la distribution de dividendes élevés. La part des bénéfices versée en dividendes ne sert pas aux investissements ni à l’augmentation des salaires. Les salariés gagnent  potentiellement moins et donc épargnent moins dans les fonds de pension. Ceux-ci ont de facto moins d’argent à placer et pour maintenir le niveau des retraites servies ils doivent faire augmenter les dividendes versés. C’est un cercle vicieux.

Enfin, Il y a toujours le risque de mauvaise gestion ou de crise des marchés financiers qui peuvent entraîner la faillite du fonds et la disparition des retraites versées.

Quelques fake news et incompréhensions courantes.

Tel manifestant en activité déclare « être là pour que ses enfants et ses petits enfants aient une retraite » En fait, sa pension sera issue des sommes cotisées par ses enfants, et les pensions de ceux-ci par les sommes cotisées par les petits-enfants. Si le système global n’est pas équilibré sur trois générations, ses enfants paieront peut–être sa pension, mais il n’est pas sûr que les petits enfants paieront celle de leurs parents et encore moins qu’eux-mêmes auront droit à quelques chose..

Objectif de remplacement du système par répartition par un système par capitalisation. Opération très difficile à généraliser car cela signifierait que les salariés actuels continuent à cotiser pour payer les retraites de leurs aînés et qu'en même temps (expression chère à Macron mais difficilement applicable dans notre cas) ils épargnent sur un compte ouvert à leur nom dans un fonds de pension : c'est la double peine ! Une autre solution serait que l’impôt prenne le relais des cotisations pour financer les pensions actuelles, ce qui induirait une forte augmentation des impôts. Très impopulaire donc improbable.

Les salariés de l’Opéra de Paris, dont les danseurs, bénéficient d’un régime spécial de retraite (c’est même le plus ancien puisqu’instauré par Louis XIV) qui concerne 1900 cotisants pour 1800 pensionnés et permet aux danseurs parisiens de partir à 42 ans, avec une pension cumulable avec un salaire par la suite. L’Etat équilibre le budget des retraites à hauteur de 14 millions €  chaque année. Les danseurs de l’Opéra représentent 1% des 10 000 danseurs français... affiliés eux au régime général ! Tous les danseurs suivent pourtant une formation exigeante et difficile et subissent les inconvénients d’un métier physique, équivalent aux exigences de sportifs de haut niveau. Comme les sportifs de haut niveau, la plupart des danseurs se reconvertissent à la fin de la  brève carrière et entament une autre vie professionnelle, sans être pensionnés. Le régime spécial de l’opéra de Paris est-il moralement défendable ?

Les Français pratiquent déjà massivement, sans le savoir, une forme individuelle peu risquée de retraite par capitalisation (épargner durant sa vie active pour jouir d’une rente pendant la retraite). 58% des Français sont propriétaires de leur logement. Ils ont dépensé chaque mois de l’argent pendant leur vie active pour rembourser un prêt mais en retour, ils économisent  le montant d’un loyer quand ils sont en retraite (tout en restant proriétaire du capital). Ce loyer non dépensé est l’équivalent d’une rente qui leur serait servie pour se loger. Le bénéfice de cette pseudo rente est garanti tant qu’on entretient le logement et qu’il n’y a pas de catastrophe naturelle.