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L'observateur Flinois
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16 septembre 2024

Qui perd... perd !

Après un petit coup de poker (dissolution surprise de l’Assemblé Nationale le 9 juin) et un coup de roulette russe (élections législatives en juillet) le président de la République a profité d’un merveilleux intermède planétaire (Jeux Olympiques suivis des Jeux Paralympiques) pour laisser « décanter » (faisander ?) la situation politique du pays et entamer simultanément une chasse au trésor et une patience.

Les raisons : mécontent de sa majorité relative de 2022 (forte pourtant de 250 députés sur 577), le président, en joueur médiocre ou mal conseillé, a tenté de se refaire et a perdu sa mise (son capital est passé de 250 « jetons » à 166 !) Sa majorité relative a fondu et l’Assemblée Nationale 2024 est grossièrement composée de trois blocs d’environ un petit tiers, plus quelques satellites : groupe ex Les Républicains, groupe LIOT et 7 députés électrons libres car non-inscrits.

En 2022, une majorité (godillot ?) n’existait pas pour faire passer automatiquement les textes, mais aucune majorité ne s’était jamais dégagée non plus pour voter une censure, pourtant tentée 20 fois !

En 2024, l’addition mécanique des deux des trois gros groupes suffit à dépasser les 289 députés nécessaires pour faire chuter un gouvernement. Aucun des trois groupes les plus importants ne peut gouverner seul. Blocage.

J’ai déjà écrit que la seule certitude que l’on pouvait tirer du scrutin de juillet 2024 est qu’une forte majorité des Français a refusé de se faire gouverner par le Rassemblement National.

Ensuite, l’arithmétique est têtue : avec un tel éparpillement des députés, seule une coalition ou un accord de non-agression (soutien passif) sont possibles. Et c’est faisable sans l’extrême droite (troupes de Le Pen - Ciotti), ni l’extrême gauche (troupes de Mélenchon)

Le président Macron a reconnu du bout des lèvres que sa majorité a perdu les élections (fonte de sa minorité relative, survivant uniquement car il n‘y avait pas de majorité pour censurer le gouvernement) mais il a ajouté que personne n’avait gagné, ce qui est aussi incontestable. Aucun des trois blocs ne peut gouverner seul : des alliances sont indispensables.

Le président le sait : un premier ministre modéré de centre gauche ou de centre droit peut réussir le rassemblement des bonnes volontés pour travailler sur les sujets qui crispent le plus les Français : âge de départ et pérennisation du financement des retraites, pouvoir d’achat, qualité des services publics dont les hôpitaux, justice fiscale tout en réduisant l’endettement et le déficit public…

Hélas, la plupart de nos politiciens sont devenus des « politicards » professionnels dont la fonction élective est le gagne-pain. Leur premier objectif est naturellement de nourrir leur famille et d’assurer leur train de vie, donc de conserver leur job d’élu. L’intérêt de la population passe derrière les tactiques plus ou moins subtiles permettant d’anticiper la réélection voire la conquête du pouvoir.

A un moment, deux candidats tenaient la corde : Xavier Bertrand qui s’affiche en gaulliste social (centre droit) et Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre de Hollande et ex militant socialiste (gauche modérée), parti qu’il a quitté car il était farouchement opposé la prise d’otage du PS par un Mélenchon qui a ligoté la gauche derrière la France Insoumise.

Xavier. Bertrand avait le tort d’être un ennemi personnel de Marine Le Pen, qu’il malmène à longueur de mandat au conseil régional des Hauts de France, et d’avoir des ambitions présidentielles qui contrarient M. Wauquiez qui a les mêmes. Par principe le Nouveau Front de Gauche (NFP) a déclaré qu’il le censurerait

Bernard. Cazeneuve avait absolument besoin du soutien des députés socialiste (même passif), soutien qui lui a été refusé.

Résultat des courses : nous avons Michel Barnier, certes très expérimenté, mais qui a fait toute sa carrière (et se revendique résolument) à droite et qui va s’appuyer sur des personnalités de droite, issues du parti Les Républicains. La politique menée sera forcément d’inspiration droitière.

Pourquoi M Faure, leader contesté du Parti Socialiste avec une très faible majorité, a-t-il refusé le soutien à Cazeneuve. ? Je pense que Mélenchon, en verrouillant unilatéralement le système du Nouveau Front Populaire (NFP) dès le 7 juillet à 20h02, a tendu le piège. Le premier qui se désolidarise du NFP sera clairement désigné à la vindicte comme un traître et en paiera les conséquences aux prochaines élections.

Vision manichéenne relevant du mépris total des Français, s’appuyant sur une crainte servile d’élus partenaires ne croyant pas à leur capacité à réussir. Cette vision s’appuie aussi, avec une forte probabilité que ce soit faux, sur le fonctionnement espéré automatique d’un front républicain garantissant l’élection de Mélenchon à l’issue d’un face-à-face de second tour avec Le Pen. Pari risqué : le choix entre la peste ou le choléra supposés peut être refusé au profit de la pêche à la ligne.

Si le PS avait soutenu Cazeneuve, un programme de mandature aurait pu être négocié avec une coalition et aurait contenu une part de mesures de gauche. Certes (ou heureusement pour les mesures dogmatiques ou démagogiques non financées) pas le programme du NFP, mais des mesures de gauche. Il y a plus de Français plutôt en phase avec une gauche modérée qu’avec un programme radical tel que celui prôné par La France Insoumise, si on peut se fier aux scores respectif de Raphaël Kluksmann (PS - Place Publique, 13,83 %,) et de Manon Aubry (La France Insoumise, 9,89%) au dernier scrutin national à un seul tour.

Le défaut de soutien du PS à Cazeneuve aura pour conséquence d’avoir un gouvernement penchant à droite, avec une politique de droite.

La gauche unie dans le NFP a promis de s’opposer systématiquement et les lois proposées par le gouvernement auront besoin a minima de la neutralité bienveillante des troupes de Le Pen –Ciotti pour passer. On peut subodorer aisément la teneur des lois qui obtiendront le soutien implicite du tandem extrême-droitier. Un boulevard pour le Rassemblement National qui pourra surenchérir sur les mesures anti immigrés et sur les promesses démagogiques populistes : il gagnera sur les deux tableaux

En attendant, l’intransigeance du NFP et sa stratégie foireuse auront déjà fait une victime. Cette pauvre Lucie Castets, haute fonctionnaire détachée par le Trésor Public auprès de la mairie de Paris avant d’être débauchée comme impétrante première ministre sous dossard NFP, a été remercié dès la fin août par la maire de Paris. Remise à la disposition du Trésor Public, elle ne fait plus partie du personnel de la mairie de la capitale. Elle attend des propositions de poste… qui pourraient être à Limoges.

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