3 %

Entendu à la radio récemment : une des 11 députés communistes à l’Assemblée nationale, interrogée sur le projet de réforme des retraites, disait tout le mal qu’elle pensait de cette réforme (c’est son droit !) dirigée, selon elle, contre les salariés. La journaliste, compétente et sachant mener une interview, rebondissant sur l’intérêt des Français pour plus de justice sociale dans les conditions de départ à la retraite et citant les « priviléges des régimes spéciaux », se fit vertement recadrer par, en substance ; « Les régimes spéciaux concernent moins de 3% de la population, donc pas la peine de se focaliser sur ce détail ».

Cette rhétorique avait aussi été employée par Adrien Quatennens, sémillant député de La France Insoumise à Lille, qui déclarait dans la Voix du Nord du Dimanche 15 septembre. : « Arrêtons ! Les 42 régimes spéciaux représentent 3 % de la population active . » Son "patron",  Jean-Luc Mélenchon, persiste d'ailleurs dans une interview du 4 décembre à 20 minutes : « C'est une supercherie car ces régimes ne concernent que 3% de la population active » Rappelons au passage que Monsieur Quatennens est un fin connaisseur de ces régimes car en tant que député il bénéficie du régime autonome de retraite des parlementaires (comme sa consœur communiste et son "patron" Jean-Luc Mélenchon) et dans le civil, avant d’être élu, il cotisait au « Régime spécial d'assurance vieillesse, invalidité, décès, accidents du travail et maladies professionnelles des industries électriques et gazière », son employeur étant Enédis. (Billet du 15 septembre 2019 « Faites ce que je dis… »)

Le parti Communiste Français et la France Insoumise se rejoignent donc dans l’argumentation percutante. En dessous de 3% d'une population, on se situe dans l’épaisseur du trait et cela ne vaut pas la peine de perdre son temps à discutailler à l’infini.

Soit. Tentons quelques exemples d’application potentielle de la « règle des 3% » version PCF/LFI

D’après les Echos, il y a en France 40 milliardaires en Euros ce qui représente une fraction infinitésimale de la population, très en deçà des 3%. Pourquoi s’y attarder ?

La maille est trop grosse ? Intéressons-nous aux Français possédant plus de 50 millions de dollars. D’après la Presse, en 2018, 4100 Français possédaient une telle fortune. Encore une fois, cette catégorie est bien en deçà des 3% de la population, donc indigne d’intérêt.

Les millionnaires en Euros seraient 2,147 million sur une population totale de de 66,993 millions soit 3,2% des Français. A peine au-dessus du seuil de détection…on les ignore ?

Vous trouvez ce raisonnement idiot ? Moi aussi !

ll est extrêmement démagogue et irrespectueux que des élus du peuple (comme ils aiment eux-mêmes à le rappeler) assènent des arguments aussi indigents pour évacuer des vraies questions (gênantes ?) et dénigrer des idées de réforme qui ne sont pas dénuées de  tout fondement.

Dernier ratio : les 42 000 cotisants de la RATP vont infliger la galère à 8,240 million d’usagers quotidiens de leurs réseaux de transports franciliens. Ces salariés représentent 0,5 % des voyageurs qu’ils sont censés transporter chaque jour, soit beaucoup moins des 3% définis par l’extrême gauche. Pourquoi écouter leur revendication à garder leurs « privilèges », pardon, « avantages acquis » ?  Selon Les Echos du lundi 2 décembre, les conducteurs de rames partent en moyenne entre 55 et 56 ans avec une retraite comprise entre 1.600 et 1.900 euros net. Leur espérance de vie actuelle après 60 ans est un peu supérieure à 22 ans, comme pour l'ensemble de la population à cet âge. (Définition. Privilège : droit, avantage particulier accordé à un individu ou à une collectivité, en dehors de la loi commune.)

 

Il ne faut pas oublier que les cotisations des salariés de la RATP ne couvrent que 42 % des prestations servies par leur régime spécial de retraite et que l’Etat, c’est-à-dire nos impôts, abonde de 750 millions d’Euros chaque année ce régime déficitaire.

NB : pour les cheminots, l’Etat comble un déficit annuel de 3,3 milliard d’Euros soit 61% des prestations versées !  (SUD Rail Lille propose une solution miracle simple pour combler cette différence : embaucher massivement des cheminots, ce qui fera mécaniquement grimper le montant des cotisations versées. Astucieux non ?)

Yaka !

Dimanche matin sur la chaîne France Info, une dirigeante de la CGT était interviewée sur le projet de réforme des retraites, que son organisation combat avec virulence (encore une fois, c'est son droit). Elle indiqua que le système de retraite en France était le meilleur du monde, qu’il ne fallait pas le bouleverser et qu’il suffirait de quelques améliorations à la marge.

Par exemple : revenir à la retraite à 60 ans pour tous ; tenir compte du fait que les étudiants, entrant dans la vie active de plus en plus tard, risquent ce faisant de ne pas atteindre les 42 annuités de cotisation à 60 ans : il suffirait de valider leurs années d’étude (non cotisées).

La journaliste posa alors la question qui s’imposait : « Qui financera ces dépenses nouvelles ? » La réponse tomba sans aucune hésitation : « L’Etat »

Interloquée, la journaliste compléta : « Donc nos impôts !  Vous voulez augmenter les impôts des Français ?* »

Réponse de la Cégétiste. « Mais non, pas vos impôts, ni les miens. Il suffit de (Yaka) récupérer les centaines de milliards de la fraude fiscale et (Yaka) taper sur le CAC 40 ! »

Comme tout est simple au Pays des Yaka !**

Yaka embaucher des fonctionnaires qui vérifieront sur des formulaires adaptés de déclaration des revenus si les contrevenants ont bien coché la case « Montants fraudés au fisc » et indiqué lesdits montants !

De même, la fortune des familles Arnault ou Pinaut doit bien être sur des livrets de caisse d’épargne quand même ? Il suffirait que les ministres des PTT ou des Finances ordonnent de saisir ces avoirs, certainement bien mal acquis, pour acheter des trimestres aux étudiants. Les compte-titres des grandes fortunes ne sont plus que des lignes de code dans des ordinateurs, même pas forcément situés sur le territoire national, mais où est le problème ? Yaka taper au portefeuille !

Faire les poches des autres pour financer ses propres projets est toujours tentants. Yaka ! Osons !

* Pour mémoire, le système universitaire français est majoritairement financé par l'impôt (et c'est très bien ainsi, en termes d'accès pour tous), mais cela signifie que les contribuables ont déjà versé leur écot pour les infrastructures et les enseignants qui accueillent les étudiants . Pourquoi les faire  payer une deuxième fois ?

** Une autre méthode, plus directe et plus simple, pour limiter l'évasion fiscale serait déjà de réduire volontairement ses achats aux GAFA qui ne paient pas leur dû en France, en privilégiant le bon vieux commerce "en dur" local