Dans le « Droit d’expression » du Flin’Infos  n°68 de novembre 2019,  la  «Liste majoritaire : Agir et continuer pour bien vivre ensemble »  nous délivre un de ces petits messages politiques périodiques dont elle a le secret (certainement rédigé par la tête de liste).

Comme moi, elle trouve peut-être que les 26 pages de guimauve lénifiante de ce périodique, parodiant le Pays des Bisounours, méritent d’être relevées d’un peu d’épices, comme de l’information sérieuse et elle s’y essaie.

Quel est son message : « Le projet de réforme gouvernemental des services fiscaux va entraîner la fermeture de l’ensemble des trésoreries… Elles seraient remplacées par des accueils de proximité….Les heures d’ouvertures au public seraient moindres, les renseignements seraient donnés par du personnel ne maitrisant pas les rouages de l’administration fiscale et qui ne pourront pas encaisser de paiement en liquide… Cette réforme,  si elle devait aboutir, aura des conséquences très lourdes pour les usagers. Nous ne sommes pas opposés au principe de mutualisation et d’optimisation des services publics, mais à condition qu’il contribue à renforcer le service aux usagers et aux collectivités, dans un esprit de proximité et d’efficacité »

Décryptage.

D’abord, le poncif. Sans aucune analyse ni justification, paf !, l’argument massue : si par malheur cette réforme impensable devait quand même aboutir, les conséquences seraient très lourdes pour les usagers. Vous êtes libres d’imaginer le pire, vous serez sans doute encore en dessous de la réalité !

Ensuite, des mots enchaînés dans un phrase sibylline qui ne veut en réalité rien dire car les propositions constituent un pléonasme.  Mutualisation et optimisation signifient mise en commun pour améliorer l’efficience. Généralement la mutualisation comporte une déspécialisation pour élargir l’offre et l’optimisation consiste à adapter l’offre à la demande. Mutualisation et optimisation, si elles sont correctement préparées et réalisées, aboutissent automatiquement à renforcer le service aux usagers.  La liste majoritaire aurait dû parler plutôt des conditions de réussite des opérations.

Enfin, les grandes menaces : les permanences ne seraient pas ouvertes… en permanence et les personnels ne maîtriseraient pas tous les rouages de l’administration fiscale.

Pour les horaires d’ouverture, encore une fois, optimisation signifie adaptation de l’offre à la demande. L’accueil d’une trésorerie actuelle ne doit certainement pas être pris d’assaut  8h par jour et 5 jours par semaine par des contribuables en demande de conseils. Bloquer des créneaux spécifiques dans des lieux prédéterminés pour recevoir ce public est une bonne mesure de gestion.

L’argument de la non maîtrise des rouages de l’administration fiscale par un personnel polyvalent révèle un manque de réflexion de fond de la part du rédacteur. Bien sûr, il faut des années de formation spécialisée pour naviguer sans écueil entre les « Article 80 quaterdecies » et autres « Articles 39 duodecies à 39 quindecies » du Code des Impôts. Mais il est réducteur d’en déduire uniquement qu’il faut absolument que les intervenants  publics deviennent experts dans ces langages abscons.

La solution la plus adéquate serait que l’administration cesse de jargonner, simplifie ses organigrammes et rende intelligible ses préconisations.  L’adage dit : ce qui se conçoit bien s’énonce simplement. Il s’agirait là d’une demande censée d’élus de terrain.

Exemple, tiré de la législation sur la protection de l’environnement mais qui peut intéresser les nombreux éco-jardiniers flinois. La phrase : « Etude de la percolation des eaux météoriques dans l’horizon humifère selon le niveau kéraunique » peut s’écrire en Français courant…  « Etude de l’infiltration des eaux de pluie dans la couche d’humus en fonction de la fréquence des orages »  La deuxième mouture est quand même plus digeste que la première non ? Elle a juste l’inconvénient d’être compréhensible et de rendre moins savant (en apparence) le locuteur de la première.

« La liste majoritaire : Agir et continuer pour bien vivre ensemble » aurait beaucoup plus utilement pu articuler ses réflexions sur cet aspect du service à rendre, plutôt que de s’arc-bouter sur le jargon et les méandres irremplaçables des services fiscaux faisant obstacle à toute avancée sur les prestations attendues.

Il est à noter enfin que le Premier ministre a lancé le 1er juillet 2019 une initiative concernant la création d’un réseau « France services »  (circulaire consultable sur le lien ci-dessous)

https://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/circulaire_ndeg_6094-sg_du_1er_juillet_2019_relative_a_la_creation_de_fran.pdf

Notre "Liste majoritiaire" va-t-elle s’inscrire dans cette démarche ou rester figée dans le regret de « c’était moins catastrophique avant » ?