Les faits : suite aux élections européennes, un nouvelle Commission (organe exécutif de l’Union Européenne) devait être désignée. En droit, le président de la Commission est élu pour un mandat de cinq ans par le Parlement Européen sur proposition du Conseil Européen, institution qui réunit les chefs d’Etat ou chefs de gouvernement des vingt-huit (en fait vingt-sept) Etats membres de l’Union Européenne. Ce sont les membres du Conseil Européenn qui proposent un candidat à la ratification des députés européens.

En 2014, les groupes politiques du Parlement européen ont adopté une "interprétation extensive" de ces dispositions en désignant pour chacun d’entre eux une tête de liste ayant vocation à devenir président de la Commission en cas de victoire de leur parti, sur le modèle qui préside au choix du chef du gouvernement en Allemagne ou au Royaume-Uni. Ce système est dit des Spitzenkandidaten. Dans ces pays, le leader du parti vainqueur des législatives devient automatiquement le chef du gouvernement. On constate actuellement les inconvénients potentiels de ce système en Grande Bretagne (Brexit en panne) et en Allemagne (coalition instable et faible),

Il faut noter que ce système des Spitzenkandidaten ne date que de la précédente législature européenne et qu’il n’est pas issu du droit mais d’une « interprétation extensive » des députés. Il ne s’agit aucunement d’une tradition ancienne et bien ancrée.

Emmanuel Macron, pro-européen convaincu et militant, a formulé en plusieurs occasions des propositions audacieuses pour réformer le mode de fonctionnement de cette Europe qui a une influence de plus en plus grande sur notre quotidien mais qui a tant de mal à sortir de sa routine un peu compassée et à s’affirmer comme une alternative aux antagonismes Asie vs Amérique. Force est de reconnaître qu’il n’a pas eu beaucoup de succès.

Pour la désignation du candidat à la présidence de la Commission Européenne, il a cependant réussi à convaincre ses 26 collègues de ne pas reconduire le système des Spitzenkandidaten mais de choisir eux-mêmes leur candidat. C’est ainsi que l’allemand Manfred Weber (peu francophile il est vrai et n'ayant pas exercé de fonctions exécutives), chef du Parti Populaire Européen (plus gros groupe d’eurodéputés,182 élus) a été écarté au profil d’Ursula Gertrud von der Leyen (Allemande aussi, mais francophone, ex Ministre de la défense, membre de la CDU d’Angela Merkel qui gouverne l’Allemagne avec l’appui de la CSU à laquelle appartient Mandfred Weber) La présidence restait l’apanage d’une allemande de la même sensibilité que le PPE. Par ce retour au droit, Emmanuel Macron s’est fait un ennemi des députés européens qui se sont fait déposséder de l’avantage qu’ils avaient extorqué en 2014 et de Mandfred Weber en particuler,  futur président auto-proclamé de la Commission !

Retour du berger à la bergère : la commissaire européenne française proposée par Emmanuel Macron, Mme Sylvie Goulard vient sèchement d’être récusée par le parlement européen.

La candidature de Mme Goulard était très solide coté compétences mais fragile du côté déontologique. Alors qu’elle était députés européenne elle exerçait et était payée en même temps pour des activités de « consultante » peu claires par Berggruen, un think tank fondé par un milliardaire américano-allemand et elle est sous le coup d’une enquête pour des emplois suspectés fictifs d’assistants parlementaires travaillant en fait pour le MoDem.

Pour sa défense elle a plaidé qu’il n’était pas illégal de travailler à côté de son activité d’euro député (c’est vrai, même si c’est peu moral) et que l’activité et les montants perçus avaient été déclarés à l’UE ; qu’elle avait commis des erreurs administratives et remboursés les montants litigieux et qu’elle n’était pas mise en examen pour l’affaire des assistants.

La presse française titrait assez unanimement sur la « claque » infligée à Emmanuel Macron et à travers lui à la France et vitupérait son arrogance Tout ceci peut s’entendre et il est clair que le Président a pris un risque en présentant la candidature de Sylvie Goulard. Ceci dit, si sa candidature avait été validée, cela aurait quand même constitué un sacré avantage pour les positions françaises.

Ce que je retiens, c’est que l’ensemble des députés européens français (hors LREM) ont voté contre Mme Goulard, préférant infliger un camouflet à Macron plutôt que de voir les avantages politiques résultants de son choix pour notre pays. Ils auraient pu s’abstenir. Non ! Pas assez fort pour le « morveux » ! Il fallait l’humilier ! Et tant pis pour la réputation et l’influence de la France.

On retrouve un peu la même mécanique que pour l’affaire Benalla ou le référendum d’initiative partagée contre la privatisation d’ADP. Union contre nature de toutes les oppositions. Un seul objectif : profiter, comme le remarquait un journal français, « de cette occasion unique d’humilier Emmanuel Macron » Ça ne gagne pas mais ça soulage ! Les députés du Rassemblement National et de La France Insoumise dont les dirigeants sont sous le coup d’enquête pour emplois fictifs d’assistants parlementaires européens sont trop contents d’essayer de banaliser leurs cas. (Oups !, c’est vrai que leurs patrons bénéficient, eux, de la présomption d’innocence, j’avais oublié !)

Bien entendu, tous ces députés mettent en avant l’Ethique, la sanction de l’Arrogance et sont confortés par les éditoriaux des journaux, sauf peut-être un quotidien étranger qui disait : « Nul ne sait ce qui va advenir après ce camouflet infligé à la France » Le mode de fonctionnement et la crédibilité des intances européenne auront sans doute du mal à se remettre de ce formidable aveu de fébrilité et des petites querelles intestines sans envergure.

Pour ma part, je crains que les députés européens français ne se soient tiré une balle dans le pied. Ils viennent de démontrer une fois de plus que ce qui les motive sont leurs petits intérêts partisans français.

La quasi-totalité des députés européens viennent de créer une jurisprudence bien embarrassante pour les futures désignations des commissaires : pour être adoubé par leur assemblée, il faudra dorénavant être PARFAIT. La désignation des commissaires européens, pour être sûr de leurs ratifications, pourrait ressembler à la sélection des rosières (Une rosière est une jeune fille qu'on récompense pour sa réputation vertueuse). La vertu d’abord, la compétence ensuite.

Contrairement aux éditorialistes qui affirment que les députés ont affermi la démocratie à la tête des instances de l’Europe, je pense qu’ils ont au contraire affiché au grand jour les petits jeux politiciens qui les animent.

Les peuples européens sont pourtant las de ces pratiques.

Les enjeux actuels sont immenses : BREXIT, dérèglement climatique, guerre commerciale mondiale, embrasement de la frontière Syrie/Turquie, renaissance de DAECH... .Rien de si urgent qui empêche de se faire un petit plaisir en « filant une claque au morveux ! »