Petite pierre ajoutée à l’édifice des réactions au projet de réforme des retraites.

Dans la Voix du Nord de Dimanche 15 septembre, le sémillant jeune député de La France Insoumise de Lille, et étoile montante de son mouvement, a droit à une pleine page.

Adrien Quatennens, puisque c’est de lui qu’il s’agit annonce « Je ne serai pas tête de liste à Lille ». Dans un assaut inhabituel (mais passager) de lucidité politique il justifie : « Je n’oublie pas le contexte particulier de mon élection en 2017, dans un océan d’abstentions et à 50 voix près » et avoue en creux que la greffe prend mal et que son implantation n’est pas tellement solide « Et j’estime que les gens qui m’ont choisi n’ont pas voulu que mon mandat serve de marchepied pour les municipales. ».

Il faut saluer ce moment de sincérité, surtout qu’il ne dure pas puisque, plus loin, il ajoute : « Tant que nous n’irons pas vers une Assemblée constituante (préalable à une VI e République voulue par Jean-Luc Mélenchon) pour redéfinir la règle du jeu, je crains que la situation du pays se dégrade et qu’on arrive à une situation intenable. »  Paf ! Chassez le naturel et il revient au galop : La France Insoumise c’est 1,87% des inscrits (4,86% des exprimés) au 2ème tour des législatives de 2017 et  6,31 % des exprimés aux européennes de 2019 … un peu court pour décréter une Assemblée constituante non ?

Quel est le rapport avec le projet de réforme des retraites, piaffez-vous ?

Dans la même interview, Adrien Quatennens  est interrogé sur le projet de réforme des retraites : « Vous annoncez un contre-projet, maintient-il les régimes spéciaux ?

Il évacue : « Arrêtons ! Les 42 régimes spéciaux représentent 3 % de la population. »

Notons au passage que 42 est le nombre total des régimes de retraite et non pas des régimes spéciaux ; mais bon, faisons grâce de cette erreur d’arithmétique au numéro 2 de La France Insoumise. Par ailleurs, si vous voulez connaître entièrement le fond de la pensée de Monsieur Quatennens,... lisez l’article de la Voix.

Par contre, j’apporte deux éléments justifiant le titre de ce billet.

 Avant d’être élu député, Adrien Quatennens était « conseiller clientèle entreprises pour EDF à Lille » (source Wikipédia). A ce titre, il relevait vraisemblablement de la  Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG). Type de régime : Régime spécial d'assurance vieillesse, invalidité, décès, accidents du travail et maladies professionnelles des industries électriques et gazières (IEG). Date de création1946.

Depuis qu’il est député, comme ses collègues, il est affilié d'office au régime de retraite des députés de l'Assemblée nationale, créé par la résolution du 23 décembre 1904. Ce régime est un régime autonome, différent de celui de la sécurité sociale mais, pour le grand public, c’est un régime spécial.

 

Cette double particularité mérite d’être rappelée pour comprendre mieux la position de Monsieur Quatennens : il fait partie des 3% qu’il évoque.

 

Peut-être fais-je un procès d'intention et que la  clé de lecture est 3% ? Testons la robustesse de cette hypothèse.

Petite comparaison historique : en 1789, la noblesse représentait 400 000 personnes sur une population estimée à 26 000 000 soit (1,5 %). En agrégeant les 120 000 membres du clergé, la proportion totale de ces deux ordres monte à 2% de la population. En s'appuyant sur le  critère évoqué par M. Quatennens,  on en déduit qu’il n’y avait pas de quoi faire la Révolution !

 Plus actuel : une fourchette large du Crédit Suisse évalue à 1,8 million les détenteurs de fortune supérieure à 1 million de dollars en France. En calculant le ratio sur une population de 67 millions, on trouve une proportion de 2,7% de millionnaires. Pas de quoi s’en préoccuper et les vilipender, si on applique le fameux critère de 3% !

 A priori, le critère des 3% de la population n’est pas un bon critère, alors, pourquoi le mettre en avant dans un journal populaire ?