Les Américains appellent French Paradox, la singularité suivante : bien que les Français apprécient la cuisine roborative mijotée aux graisses animales, consomment du vin en quantité non négligeable et salent leurs plats à leur goût, leur taux de cholestérol est équivalent à celui des habitants d’autres pays industrialisés plus frugaux… et ils sont moins victimes d’infarctus !

Il va peut-être falloir ajouter une nouvelle énigme au chapitre du French Paradoxe.

Les médias ont annoncé le 30 juillet que la croissance française au deuxième trimestre avait plafonné à un décevant 0,2 %. Pourquoi décevant, alors que c’est aussi bien que l’ensemble de l’Union Européenne et mieux qu’en Allemagne qui devrait afficher un chiffre proche de zéro ?

Parce que les Gilets Jaunes sont restés une spécificité française (avec quelques manifestations de petite ampleur en Belgique) et qu’en réponse à cette crise le gouvernement a lâché beaucoup de lest : 17 milliard d’Euros, pour la plupart financés par du déficit budgétaire, donc de la dette.

Des mesures immédiates ont été prises début 2019 : prime défiscalisée versée par certaines entreprises, revalorisation et extension de la prime d’activité, baisse de cotisations sociales, annulation de la hausse de la CSG, annulation des taxes écologiques sur les carburants, versement anticipé des déductions d’impôts, relèvement de certains minima sociaux, etc. De l’argent frais a été injecté dans les ménages pour augmenter le fameux pouvoir d’achat. Les experts tablaient donc sur une hausse de la consommation et avec elle de la croissance au deuxième trimestre.

Les Echos du 2 août publient un article : « En France les épargnants font de la résistance »

On n’y apprend qu’en France les dépôts à vue (l’argent qui dort sur les comptes courants bancaires) ne font qu’augmenter et frôlent les 400 milliards d’Euros. « Au premier trimestre, les ménages ont ainsi versé 18,6 milliards en numéraire et dépôt à vue, deux fois plus qu’au quatrième trimestre 2018 »

« Les Français ont préféré « empocher » leur gain de pouvoir d’achat… Ils ont préféré épargner comme l’indique le montant élevé des collectes nettes du livret A (+11,7 milliards d’Euros) et d’assurance vie (+15,1 milliards)

Il y a bien sûr des raisons psychologiques. La France vieillit et les « anciens » sont rassurés d’avoir des économies (on ne peut pas leur donner tort). De même, plus les taux baissent plus les Français épargnent pour maintenir à-peu-près constant le montant des intérêts. Pour garder un rendement de 50€ il faut placer deux fois plus d’argent si le taux diminue de moitié.

En parallèle, il faut se souvenir de la revendication majeure des Gilets jaunes : l'augmentation ou au moins le maintien du pouvoir d’achat. Au début du mouvement, plus de 70% des Français avaient de la sympathie pour celui-ci : on en déduit qu’ils attendaient également une augmentation de leur pouvoir d’achat. Les journaux rapportaient à longueur de colonnes ou de reportages vidéos les témoignages de manifestants qui racontaient « le frigo vide dès le 15 du mois »

Du pouvoir d’achat il en a été redonné et dans des proportions jamais vues depuis longtemps… il n’y a pas eu d’achats mais de l’épargne. Le frigo doit toujours être aussi vide dès le 15 du mois !

Alors, cris préventifs avant d’avoir mal ? Y aurait-il eu quelques exagérations dans les motivations clamées et relayées par les médias ? Le mouvement des Gilets jaunes n’aurait-il surtout été à la base qu’une habile manœuvre politique allumée par des extrémistes surfant sur un malaise et un mécontentement diffus  et qui se serait propagé comme un feu de broussaille ?

Vous le voyez le nouveau French Paradox ?