Dans Les Echos du 13 juillet Eric Boucher consacre sa chronique à deux événements de nature à permettre à ceux qui essaient de mettre un peu de logique dans leur compréhension du monde, de partir en vacances un peu rasséréné.

-  L’Homéopathie est déremboursée, faute de preuves de son utilité médicale.

- Bernard Tapie est relaxé du chef d’escroquerie dans le procès de l’arbitrage sur la vente d’Adidas, faute de preuves apportées par l’accusation.

« La preuve scientifique, la preuve policière, la preuve restent le fondement granitique de notre système de santé et de notre système judiciaire, ouf ! Merci à la ministre de la Santé, merci à la présidente du tribunal correctionnel de Paris » écrit Eric Boucher.

Il enchaîne : « On est dans l’époque placebo. Il suffit d’y croire pour que ça marche…/… dans la civilisation du délire, dans le complotisme qui se porte bien contre les laboratoires de Big Pharma, contre l’Etat, on en arrive à ne plus se vacciner et à se tourner à grande échelle vers les médecines Vaudoues…/… L’affaire Tapie vient doubler le sain rappel sur le plan de la justice. Le contexte est le même : une mise en cause des institutions parce qu’elles sont biaisées sinon gangrenées par l’argent…/… Le tribunal correctionnel de Paris a mis un point d’arrêt à ce fonctionnement par une délicieuse formule : « aucun élément du dossier ne permet d’affirmer que la sentence arbitrale ait été surprise par la fraude » »

Et il conclut : « Personne ne pensera que la médecine est une science dure… l’accompagnement psychologique dû aux patient mérite une place grandissante. Personne n’osera affirmer que Bernard Tapie est blanc-bleu. Mais il n’y a pas de preuve de l’efficacité de l’homéopathie ni de fraude de Bernard Tapie. Que ce rappel aux principes ait conduit aux deux décisions de cette semaine réjouit sur les fondements de la République »

A lire, visionner ou entendre les médias quotidiennement, il semble que ce principe de la nécessité de la preuve soit pour le moins perdu de vue, si ce n’est totalement oublié.

Evacuons d’abord les infox (c’est le mot français équivalent proposé pour éviter « fake news ») qui constituent le fonds de commerce de certains politicards nationaux. Ainsi, il y a quelque temps, toute une campagne d’intoxication, amplement relayée par les pages Facebook des gilets jaunes, déforma le « Pacte de Marrakech » qui fût accusé « d’être un préalable à un afflux massif de réfugiés », « de mettre en place une censure de la presse », « d’organiser le remplacement des travailleurs », « de brader la souveraineté française » …, contrevérités qui apparaissent si on se donne la peine de lire le texte intégral sur le site de l’ONU. https://undocs.org/fr/A/CONF.231/3 ou, plus rapide, la notice gouvernementale « grand public » https://www.gouvernement.fr/pacte-de-marrakech-que-dit-reellement-le-texte.

 Enchainons avec ce que son promoteur espère être le feuilleton de l’été, « l’affaire de Rugy » Tout d’abord, il faut reconnaître à Médiapart d’être un sacré chasseur de scoop et d’avoir le flair et le talent de dénicher de la bonne « matière à papier ». Là s’arrêteront mes compliments.

Sur la méthode : la technique des révélations en rafale, s’enchainant crescendo, est non seulement bassement mercantile, mais usée. Il y a des décennies que les interminables sagas des productions télé américaines terminent leurs épisodes « Hang to the cliff » (héro suspendu à la falaise) pour tenir les spectateurs en haleine. Dans le cas de Médiapart, la technique me fait plutôt penser aux coups de pieds assénés à la victime déjà à terre. Les abonnés de ce site se retrouvent dans la position malsaine d’attendre sadiquement le prochain coup.

 Sur le fond, le désir de nuire de Médiapart entraîne ses journalistes à être contreproductifs.

Ainsi dans sa troisième salve, Médiapart titre sur l’occupation par M. de Rugy d’un « logement à vocation sociale » à Nantes.

Si le ministre avait joué de son entregent pour louer un appartement dans une HLM à Nantes ce serait effectivement un sujet.  En aparté, il me semble qu’au moins un néo député d’extrême gauche occupait en 2017 une HLM en banlieue, arguant que l’octroi s’était fait sur ses revenus de l’année n-2 qui étaient beaucoup moins conséquents que ses émoluments de député et que donc c’était légal. Je suggère un sujet d’investigation pour Médiapart, sachant que les élections législatives étaient en 2017, les revenus de cette année comptent en 2019 pour les droits à occuper encore un appartement HLM…

Il s’avère que François de Rugy possède un bail avec un loyer au prix du marché nantais pour un logement dont le propriétaire a bénéficié d’avantages fiscaux dans la cadre du dispositif « Scellier intermédiaire » Dans ce dispositif, le propriétaire s’engageait, en contrepartie d’une minoration d’impôts, à louer pendant un certain temps l’appartement avec un loyer à montant social, donc très inférieur au prix accepté par bail par M.de Rugy. Il semble que les malfaisants soient le propriétaire et l’agence immobilière qui ont joué sur les deux tableaux. La présentation tendancieuse de Médiapart jette une suspicion sur ses autres révélations. Jusqu’où l’instruction uniquement à charge a-t-elle aveuglé les journalistes ?

Adrien Quatennens, flamboyant député la France Insoumise de la 1ère circonscription de Lille, s’est gaussé sur tweeter que « pendant ce temps-là il était occupé à scanner ses facturettes de la pizzéria d’en face de l’Assemblée »

Une enquête de Médiapart sur la réalité et la proportionnalité de ces dépenses serait peut–être intéressante ?

La jurisprudence Homéo-Tapie, « où sont les preuves ? » devrait fonctionner. Médiapart est malheureusement parfois plus près du fonctionnement de la presse à scandale ou du média idéologique que de la presse d’investigation et c’est bien dommage car il y a du talent d’enquêteur dans ce média.

Edwy  Plenel, cofondateur de Médiapart s’offusque que le président Macron ait parlé de « République de la délation » en référence implicite aux révélations de son site. Il s’indigne que l’on puisse assimiler leur travail d’investigation à de la délation. C'est la même hypocrisie que les professeurs grévistes qui dénoncent une rupture d'égalité entre les candidats au baccalauréat alors que ce sont eux qui ont créé l'assymétrie initiale entre ceux-ci.

Dans le cas d’un logement prétendument à vocation sociale dont la location en connaissance de cause par un ministre est mise en avant pour salir ledit ministre, (assertion qui ne résiste pas à l’examen), il s’agit bien d’une « dénonciation inspirée par des motifs méprisables » ce qui est la définition courante d’une délation.

Pour conclure, François de Rugy est très représentatif de l’ancien monde que les Français n’acceptent plus (Cf. les revendications des gilets jaunes et les conclusions du Grand débat).

La question n’est plus de savoir si ces dîners et ces travaux épinglés (peut-être d'ailleurs sur délation par d’ex relations fâchées depuis avec le couple De Rugy) sont dans les clous ou pas.

Le fait de devoir se poser cette question pour apprécier si les deniers des contribuables ont été dépensés dans les règles est déjà insupportable.

La République exemplaire ne peut pas permettre que l’on en soit encore à ce genre d’interrogation.