La Voix du Nord édition de Douai du 20 juin publie un article sur Flines dans lequel on apprend que « La ville achète l’ancien Café des Sports pour y installer une brasserie « solidaire »

Le scoop est un peu ancien car Flin’infos n°66 daté de mai 2019 (et distribué en juin, comme il se doit…) avait déjà dévoilé l’affaire, en soulignant (déjà, aussi) que cette décision avait été votée à l’unanimité des élus du conseil municipal : comprendre : « avec les voix de l’Opposition »

La mairesse rechigne d’habitude à esquisser même une simple allusion à l’opposition, ce qui pourrait laisser entendre que celle-ci existe. Pourquoi évoquer deux fois l’unanimité des élus ? Peut-être que l’Opposition, dans son « droit d’expression » réservé dans ce Flin’Infos, a froissé la mairesse en faisant connaître le caractère précipité de cet achat proposé au conseil municipal du 2 avril alors qu’il n’avait même pas été évoqué lors du précédent conseil du 25 février où avait eu lieu l’examen du rapport d’orientation budgétaire ? Il convenait donc de rappeler d’urgence aux impudents qu’ils sont mouillés, voire même susceptibles d’être désignés comme bouc émissaire à la vindicte populaire si d’aventure l’affaire cafouillait !

Il faut retenir de l’information du Rassemblement Flinois que le 25 février, le projet d’une brasserie solidaire n’était même pas dans les limbes et que le 2 avril il était ficelé ! Quelle célérité dans l’ingénierie. Quelle promptitude dans la prise de décision.

Cette remarque liminaire étant faite, analysons les informations de La Voix du Nord.

Le « Café des Sports » avait d’abord été repris par des locataires (les Dutilleuil) qui l’ont exploité sous cette enseigne quelques temps. En 2015, ceux-ci ont passé la main et de nouveaux locataires ont repris le flambeau sous l’enseigne « Le Saint Louis », avant de jeter l’éponge à leur tour en 2016 après un an d’activité. Depuis cette date, divers acquéreurs ont approché le propriétaire mais ont renoncé faute d’un accord sur le prix jugé trop important. Las d’attendre, le propriétaire a rabattu ses prétentions et la ville de Flines a décidé de se rendre acquéreur.

A ce stade, quelles sont les conclusions pertinentes à tirer ?

D’abord, être situé en « cœur d’hyper centre » (comme disent les consultants en marketing urbain) n’est pas forcément un gage de réussite. Deux professionnels de la limonade et de la restauration n’ont pas réussi à rentabiliser la simple exploitation d’un café brasserie, à la réputation et la clientèle établies, sans subir les investissements qui restaient à la charge du propriétaire. Peut-être le loyer demandé était-il trop élevé, ce qui serait cohérent avec le prix de vente également trop élevé qui a empêché celle-ci de se faire pendant plus de deux ans avant une baisse substantielle. La mairie est-elle consciente qu’elle ne pourra pas fixer un loyer trop élevé aux exploitants pressentis sous peine de leur faire mettre la clé sous la porte ?

Reprenons le journal. La municipalité va emprunter 120 000 € pour acheter le bâtiment, y faire des travaux et installer un couple de Flinois intéressés à ouvrir un « café-brasserie avec un plat du jour conçu à partir de produit bio et locaux, mais aussi un endroit où les familles, les jeunes et les aînés pourront se retrouver autour d’ateliers ludiques, d’initiatives citoyennes, de petits concerts, de conférences débats…

La mairesse justifie : « On s’inscrit ici dans une politique d’économie sociale et solidaire tournée vers le développement durable. Il y a un tas de chose à imaginer»

Commentaires

Le descriptif est alléchant et, à moins d’être un monstre au cœur de pierre, on ne peut raisonnablement  pas être contre un projet « social et solidaire tourné vers le développement durable » aussi sympathique, sauf à regretter (en chipotant) l’absence de mention d’ambitions dans l’économie circulaire et la transition énergétique,... mais c’est peut être contenu dans le « Il y a un tas de chose à imaginer »…

Plus sérieusement, il serait souhaitable que La Voix du Nord puisse rencontrer très vite le couple pressenti et publier un article afin de connaître un peu mieux leur projet et surtout les paramètres économiques de celui-ci, dont l'exploitation prévisonnelle.

La mairesse affiche la perspective de loyers en retour pour justifier la dépense. D’habitude les expériences sociales et solidaires sont plutôt subventionnées, très rarement génératrices de revenus. On a compris de plus que ces loyers devraient être modérés. La majorité municipale qui a dû être informée en amont du conseil où elle a voté le projet, a-t-elle bien en tête ces contraintes ? S’il s’avérait que ce couple a une martingale infaillible autant la faire connaitre, ce sera utile à tout le secteur de l’économie sociale et solidaire ainsi qu’à l’ensemble des collectivités locales.

Dernier retour à l’article.

La majorité va emprunter un peu plus de 120 000 € et devrait récupérer la moitié de la somme auprès de Douaisis Agglo qui subventionnerait a priori le projet à hauteur de 50% et en retour recevrait la moitié des loyers versé par le couple de gérants.

Commentaires.

Le montage de financement énoncé est incompréhensible et c’est grave car il s’agit de l’argent des Flinois ! Douaisis Agglo verserait une subvention et recevrait en retour la moitié des recettes ? Une subvention que l’on rembourse s’appelle une « avance remboursable » donc un emprunt à taux d’intérêt zéro. Si Douaisis Agglo consent une avance remboursable, il est idiot d’emprunter la moitié de la somme auprès d’une banque qui  va réclamer des intérêts. Un emprunt de 60 000 € serait suffisant et économiserait les deniers des contribuables flinois… à moins que le poison ne soit dans le «qui subventionnera a priori » évoqué dans le journal, qui sous-entendrait que l’affaire est loin d’être entendue et que la « subvention » n’est pas certaine !

Une autre hypothèse pourrait être qu’avec des visées pré-électoralistes, la mairesse souhaite aller vite en achetant rapidement l’immeuble pour installer son projet et enjoliver un peu son bilan. Elle ne pourrait donc pas attendre d’être certaine de l’avance remboursable de Douaisis Agglo pour diminuer son recours au banquier et préférerait emprunter la totalité de la somme, quitte à payer plus d’intérêts et obérer son autofinancement déjà réduit. Chacun appréciera la manoeuvre.

Au vu des premières conclusions sur la modicité des loyers à envisager, au cas où Douaisis Agglo participerait bien au montage financier et encaisserait à ce titre la moitié des loyers, son président sera-t-il en phase pour ne percevoir que des faibles demi-loyers ? Quelle serait la durée de remboursement de l’avance ?

Conclusion.

Les remarques du Rassemblement Flinois dans Flin’infos n°66 sont parfaitement justifiées. Une certaine précipitation émane de ce projet et les mauvaises surprises sont à craindre. Comme disait quelqu’un du coin « Quand c’est flou, il y a un loup ! »