Comme dit le Premier ministre, « La poutre travaille encore » Il faut comprendre que le paysage politique français n’en finit pas de se remodeler.

Ainsi, aux élections européennes du 26 mai, les scores réalisés par les principales forces en présence sont inédits : l’ex Front National arrive en tête avec 23,3% des suffrages exprimés (il enverra 23 députés à Bruxelles quand le Brexit aura été consommé) ; la République en Marche a attiré 22,4% des électeurs (23 députés aussi) ; Europe Ecologie les Verts a créé la surprise en montant sur le podium à 13,5% (13 élus). Les Républicains dégringolent à 8,5% (8 députés européens), La France Insoumise et les Socialistes envoyant chacun  6 députés à Bruxelles avec 6,3% et 6,2% des voix.

Les comparaisons sont difficiles à faire au Parlement européen car le nombre des députés a évolué au gré des entrées (élargissements successifs) et (moins courant) d’une sortie due au Brexit, mais aussi des changements du mode de scrutin en France avec parfois des listes territoriales et cette fois-ci des listes nationales.

C’est la 9ème élection à ce parlement depuis 1979 et des tendances peuvent cependant être observées pour la représentation française. L’extrême droite et les souverainistes prennent une part de plus en plus grande, ce qui démontre par l’absurde que les Français n’ont toujours pas compris que s’ils se plaignent  de l’influence de l’Europe sur leur quotidien, ce n’est pas en envoyant des gens qui « feront les boulets » par principe et laisseront les autres nations constituer des majorités qu’ils changeront les choses !

La gauche de gouvernement en France (Le PS) est quasiment sortie du jeu : elle a culminé  à 31 députés en 2004 et se traine maintenant à 6.

La droite de gouvernement en France (LR +UDI) a connu son apogée en 1994 avec 41 députés et a chuté à 8.

Le grand parti Gaulliste qui a gouverné la France avec son allié du Centre droit pendant des décennies (successivement RPF, UNR-UDT, UDR, RPR, UMP, LR) est dans une spirale négative, scrutins après scrutins.

Le score du candidat vainqueur des primaires de la Droite à l’élection présidentielle de 2017 était déjà insuffisant pour qualifier François Fillon au deuxième tour (20,01% des exprimés). Pire, au premier tour des législatives 2017, les candidats Les Républicains réalisèrent 18,80% des suffrages exprimés  et aux européennes de 2019, 8,48%. La pente de l’érosion s’accentue !

Les conséquences de cette dégringolade s’enchaînent : M Wauqier démissionne de la direction de Les Républicains ; Mme Pécresse part également. Des maires Les Républicains annoncent leur ralliement à la République en Marche.

Dans cette tourmente, le troisième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire se jette dans la bataille et lance une initiative pour reconstruire la Droite et le Centre « hors les murs »

Mais que vise donc Larcher, puisque c’est du président du Sénat que je parle. Et pourquoi décoche-t-il ses flèches tout azimut ?

Il faut se souvenir que cet homme, redoutablement habile sous son air patelin, n’a de cesse de contrarier les réformes de Macron pour peu qu’elles touchent à sa Maison et surtout lorsqu’elles tendent à diminuer le nombre de sénateurs. Ainsi, il y a un an, le Sénat, en accord total avec son président, a monté en épingle l’affaire Benalla en instituant une commission d’enquête sous couvert de son droit de contrôle de l’Exécutif  « afin de vérifier si la sécurité du président avait toujours été préservée » mais en réalité pour torpiller la réforme diminuant le nombre de sénateurs.

Bien entendu, les sénateurs prétendent ne pas faire de politique politicienne mais en tant que parlementaires, seulement « défendre les intérêts du Peuple qui élit le Parlement pour contrôler l’Exécutif »

Il faut avoir à l’esprit que le président de la République et les Députés sont élus au suffrage universel direct… pas les Sénateurs ! Ceux-ci sont élus au suffrage universel indirect : ce sont 162 000 Grands Electeurs (constitués majoritairement des conseillers municipaux) qui votent à la proportionnelle ou au scrutin majoritaire selon les cas pour renouveler la moitié des sénateurs tous les 3 ans, département par département.

Ce mode de scrutin donne un reflet particulier à la prétention des sénateurs de la commission Benalla qui ont joué habilement sur leur appartenance au « Parlement élu par le Peuple » pour s’auto oindre d’une représentativité directe qu’ils n’ont pas.

Illustration : en mai 2017, Les Républicains avaient séduit 20% des électeurs du premier tour, chiffre baissant à 18,8% dans la foulée aux Législatives et s’écrasant à 8,48% aux Européennes.

Au Palais du Luxembourg  les sénateurs Les Républicains sont 144 (41,4%). Alliés avec le groupe Union Centriste qui compte 51 membres (14,7%) ils représentent 195 élus, soit 56% des voix du Sénat. Il y a un sacré effet loupe, non ?

La situation est confortable, pourquoi Larcher monte-t-il au créneau  et fait-il flèche de tout bois pour reconstruire la Droite ?

La réponse est : les 178 sénateurs de la série 2 termineront leurs mandats en septembre 2020.

Préalablement, en avril 2020, les Français voteront pour élire l’intégralité des conseils municipaux  : le gros de la base des électeurs du Sénat va être renouvelé avant les élections sénatoriales. L'impact potentiel est de taille. Gérard Larcher joue-t-il sa présidence ?

A vous de juger : comment se répartissent ces 178 sénateurs renouvelables ? 79 Les Républicains; 36 Socialistes ; 25 Union du Centre  ; 13 Démocrates Sociaux ; 12 En Marche ; 7 indépendants ; 3 Communistes et 3 personnalités non inscrites.

Vu l’audience actuelle de Les Républicains, l’enjeu du renouvellement des 79 sénateurs de leur famille  est vital, avec dans la foulée, la confortable majorité sénatoriale avec l’allié Centriste qui remet en jeu 25 sénateurs.

Quelle est la vraie cible de l'archer ?