Extrait de la charte des droits et devoirs du citoyen français du 9 novembre 2016 : « Tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables. Sur le territoire de la République, ces droits sont garantis à chacun et chacun a le devoir de les respecter »

 

Déclaration de Jean-Yves Le Drian, ministre des Atfaires étrangères le 10 mai « C’est un devoir de l’Etat d’assurer la sécurité des Français »

 

Rappel des faits : deux Français ont usé de leur droit à voyager pour entreprendre un safari photo dans le célèbre parc de la Penjari, à la frontière du Bénin et du Burkina Faso. Ils n’ont bien sûr rien demandé à personne et ont décidé en toute liberté de leur destination.

Ils ont été enlevés 1er mai et leur guide Béninois tué. Les autorités françaises, en collaboration avec celles du Bénin et du Burkina Faso, avec l’appui du Renseignement américain les ont localisés au Burkina, en transfert vers le Mali. Une opération militaire de sauvetage a été autorisée par le président de la République et menée par les commandos de la Marine le 10 mai. Les deux Français plus une Sud-Coréenne et une Américaine sont saufs. Deux soldats français ont donné leur vie en échange des leurs. Saluons le courage et le sacrifice de ces deux fusiliers marins.

 

Notons au passage que les USA ont fourni les renseignements permettant de localiser les ravisseurs en fuite et que les commandos français ont eu la surprise de libérer, en plus de leurs compatriotes, deux femmes « membres d’une ONG » qui n’avait pas signalé leur disparition 27 jours plus tôt. Si on a brièvement aperçu la Sud-Coréenne à sa descente d’avion en France, on ignore son nom, celui de l’ONG et on ne sait rien de l’Américaine qui l’accompagnait… Le débriefing de la CIA était donc si pressé ?

 

Sur Europe 1, samedi 11 mai, le ministre des Affaires étrangères déclarait : « « Il faut que tous ceux qui veulent faire du tourisme dans ces pays s’informent auparavant de ce qu’on appelle les “conseils aux voyageurs” mis en place et entretenus régulièrement par le Quai d’Orsay et qui indiquent les zones sûres, celles à petit risque et celles à gros risque (...) La zone où étaient nos deux compatriotes était considérée depuis déjà pas mal de temps comme une zone rouge, c’est-à-dire une zone où il ne faut pas aller, où on prend des risques majeurs si on y va »

 

S’en est suivie une écœurante polémique comme on en a le secret en France. Le parc de la Penjari était-il en zone rouge ou en zone orange sur le site « conseils aux voyageurs » avant le départ des touristes ? (https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/

Non pour le « fact checking »  des « Décodeurs du Monde » sur internet dimanche 12 mai où seules les rives de la rivière frontière avec le Burkina était en rouge, le reste du parc en orange. Oui pour l’AFP (Agence France Presse) qui a fait un « fact checking » du « fact checking  des « Décodeurs » et conclu que le parc était en zone rouge sur cette carte (mise à jour au 31 décembre 2018) en ligne depuis le 31 mars sur le site du ministère et le 15 janvier sur un autre site. Jean-Yves Le Drian avait donc entièrement raison en mettant en exergue l’imprudence des deux touristes Français qui avaient les éléments préalables pour apprécier toute la dangerosité de leur projet d’escapade.

 

Quelques éléments d’appréciation supplémentaires.

 

Sur la carte du ministère des Affaires étrangères, les zones sont colorées en rouge pour « Formellement déconseillé » et en orange pour « Déconseillé sauf raison impérative » Outre le fait que le corps du guide et son véhicule ont, semble-t-il, été retrouvés près de la frontière en zone rouge, que le motel où étaient decendus nos compatriotes ait été a minima en zone orange permet quand même de se poser question de la nature de la « raison impérative » de leur présence ? Est-ce que : apprécier les vacances dans des zones magnifiques où il n’y a pas de tourisme de masse en est une ?

 

Un amateur de safari photo en Afrique, interrogé par téléphone dimanche, a eu la candeur de déclarer : « Bien sûr que je continuerai à voyager en Afrique sans me soucier des injonctions du gouvernement. Sinon on ne va plus nulle part ! D’une part, la probabilité qu’il y ait un problème comme au parc de la Penjari est infime et d’autre part, il faut bien que des gens comme moi continuent à amener un peu d’activité économique aux populations de ces régions où les terroristes ont fait le vide »

 

Deux commentaires illustrant le cynisme et la bêtise de ce Français intellectuellement plus que « très moyen »

Les probabilités sont la loi des grands nombres. Les "chances" du touriste lambda d’être enlevé par des terroristes sont certainement très faibles car il s’agit d’une éventualité rapportée à des dizaines de millions de touristes. Si on regarde la probabilité d’être victime d’un acte terroriste quand on part en villégiature dans une zone formellement déconseillée, elle est déjà bien plus élevée car il s’agit d’une occurrence portant sur quelques milliers de décérébrés. Par contre, que dire de la probabilité de laisser sa vie pour un des deux milles soldats des commandos d’élite de l’armée française intervenant pour sauver celle d’un des imbéciles susmentionnés ? Elle est hélas non négligeable.

 

L’amateur de vacances rares, là « où personne n’a les c… d’aller mais moi, même pas peur » met en avant les retombées économiques qu’il fait ruisseler dans les zones en question. Il devrait prendre quelques cours d’économie et apprendre à compter. D’abord, les zones suspectes étant fort peu demandées en période troublée, les prix pratiqués n’ont certainement rien à voir avec les tarifs normaux d’avant crise. En fait de ruissellement il exploite à son tour la misère et s’offre à prix massacré des vacances qu’il n’aurait peut-être pas les moyen de se payer normalement. Bonjour la grandeur d’âme : il  a la bonté du maître qui jette les os à son chien !

 

Ensuite, de l’avis des spécialistes, le coût complet d’une mission de sauvetage telle que celle du week-end dernier se chiffre à plusieurs millions d’Euros. Ce ont les contribuables français qui payent la note. Je n’apprécie vraiment pas de devoir subventionner la bêtise de touristes sans cervelles.

 

Dans une émission télé, un invité qui avait l’air de connaître le sujet faisait valoir que les touristes européens avaient une bonne cote sur le marché des kidnappeurs en Afrique. Les états de l’UE prennent soins de leurs ressortissants et finissent par payer les rançons. Il signalait par contre que les bandits évitaient d’enlever des Russes. Poutine ne paie jamais et en plus, les services russes remontent les pistes, traquent et assassinent les opérateurs, leurs chef ainsi que leurs familles… dissuasif non ?

 

En conclusion, il est démontré avec cette affaire qu’un certain nombre de nos compatriotes ont assimilé de manière incorrecte la notion de Droits et de Devoirs.

Ils estiment qu’ils ont des Droits et... que l’Etat a des Devoirs

Ils ont le droits de prendre des vacances quand ils veulent et où bon leur semble. L’Etat a le devoir de venir les secourir s’il leur arrive un malheur.

Ils ont le droit de risquer en totale inconscience leur peau. Les soldats de l’Etat ont le devoir de donner leurs vies pour les sauver.

On observe cette même dichotomie avec les amateurs de ski hors-piste (droit de profiter de la poudreuse immaculée), de baignade hors zone délimitée (droit d’éviter la promiscuité), de randonnée en moyenne montagne sans l’équipement adéquat (droit de profiter des magnifiques paysages), etc.

Tous ces gens ont fait leur la phrase du défenestré du 30ème étage qui durant sa chute marmonne le mantra: " Jusqu'ici tout va bien !"

Le pire, c’est que ce sont peut-être les mêmes qui rechignent à payer l’impôt pour financer les sauveteurs.