Les lecteurs de ce blog les plus attentifs ont peut-être perçu en filigrane ma réticence à l’égard du mouvement des Gilets Jaunes. Pourtant, aujourd’hui, je dois l’avouer, l’envie de les rejoindre me titille furieusement !

Qu’est-ce qui a pu motiver ce revirement ?

La mise en scène du rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur « l’Affaire Bénalla » m’a fait prendre conscience du profond mépris de certaines de nos élites envers le petit peuple, dont je fais partie.

Tout d'abord il faut rappeler l'objet officiel de la transformation pour une durée de 6 mois de la commission des lois du Sénat en : "Mission d'information sur les conditions dans lesquelles des personnes n'appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l'exercice de leur mission de maintien de l'ordre et de protection de hautes personnalités et le régime de sanctions applicables en cas de manquement"

En conférence de presse, Philippe Bas, président de cette mission d'information sénatoriale, a cependant tenu à rappeler, comme si le travail de la mission pouvait susciter des doutes, que "des précautions particulières s'imposaient " afin de "ne pas faire le travail de la justice, ni mettre en cause les décisions et les actes du Président de la République"

Il a ensuite évoqué "une affaire du 1er mai, une affaire de port d'arme, une affaire des contrats russes et une affaire d'immiscion d'un chargé de mission dans la sécurité présidentielle"

Tout un chacun peut apprécier la cohérence de cet inventaire à la Prévert avec l'objet de la mission ...

Cela n’a pas empêché M. Bas de conclure : « Chacun son rôle entre les différentes institutions. La commission s’est bornée à l’examen du fonctionnement de l’État et peut conclure que la sécurité du Président de la République a été affectée. »

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : le Sieur Benalla est pour moi un voyou opportuniste doté d’un bagout monstre et qu’il finisse en prison me paraît dans la logique des choses. Que le président Macron ait commis une erreur de casting puis se soit enferré dans les maladresses est également évident et l’embarras qu’il en récolte me paraît sain : « c’est le métier qui rentre » disait-on aux jeunes professionnels qui subissaient les conséquences désagréables de leurs erreurs dans les ateliers. En un sens, la révélation à des fins purement politiciennes (annuler l’effet bénéfique « Coupe du monde de foot » et torpiller le projet de réforme constitutionnelle visant à supprimer un tiers des parlementaires) des turpitudes de Bénalla lors des manifestations du 1er mai a finalement eu un effet bénéfique indirect : le personnage était vraiment pourri et en débarrasser l’Elysée est un bienfait.

Ce qui me dérange, c’est la tentative de dissimulation de la sourde lutte de pouvoir entre les oppositions qui tiennent le Sénat et le président de la République. Cette lutte est à peine (et mal) déguisée par les sénateurs sous des protestations de bonnes intentions et de pureté de sentiments. Il y a un grand numéro d’Illusionniste dont la démocratie ne sort pas grandie.

J’ai franchement l’impression désagréable qu’on insulte mon intelligence et que l’on me méprise en même temps que les Français. N’est-ce pas ce qui a conduit les Gilets Jaunes sur les ronds-points ?

Tout d’abord, le président (Les Républicains) de la commission déclare en conférence de presse à propos de l’exigence de dire la vérité au Parlement : « Cette exigence, qui existe dans l’ordonnance de 1958, ne doit pas rester lettre morte », explique Philippe Bas. « Car sinon, c’est un droit essentiel que nous exerçons au nom du peuple français, qui serait bafoué. »

Les Gilets Jaunes s’autoproclament « Le Peuple » Les députés sont élus au suffrage universel, donc par le Peuple (enfin, ceux qui acceptent de se déplacer pour voter). Les sénateurs s’affichent d’habitude comme les représentants des élus des collectivités locales, ce qu’ils sont effectivement car seuls les conseillers municipaux, départementaux et régionaux votent pour les élire.

Fort habilement (pas tant que ça puisqu’on le démasque facilement) M. Bas se dissimule derrière l’entité « Parlement » (dont le Sénat fait formellement partie) pour s’arroger la qualité de représentant du peuple. Ambiguïté / demi-vérité / approximation… C’est avec de tels procédés que l’on donne des envies de Référendum d’Initiative Populaire (RIC) !

Le rapporteur Jean-Pierre Sueur souligne « ce courrier [au président du Sénat] a été cosigné par les rapporteurs, malgré leurs différentes sensibilités », « pour montrer leur totale unité ». En toute honnêteté, il faudrait préciser que le président de la commission d’enquête et un des rapporteurs appartiennent au parti Les Républicains et que le deuxième est du Parti Socialiste Ces deux partis sont dans l’opposition. Ce courrier démontre simplement l’unité passagère des oppositions mais n’est aucunement un brevet d’impartialité implicite pour enquêter sur des turpitudes supposées de la présidence.

J’invite les lecteurs à lire eux même les 13 propositions des rapporteurs de la commission d’enquête https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/affaire-benalla-les-temps-forts-de-la-remise-du-rapport-de-la-commission-d et je livre ce que je retiens de certaines.

Propositions 1 et 2 : restriction de la liberté du président de la République à choisir comme il l'entend ses collaborateurs, leurs attributions et leur manière de travailler ensemble.

Proposition 4 et 5 : mise en place d'un système de récusation des collaborateurs du président de la République (Par qui ? Pourquoi ?) Encadrement des "visiteurs du soir"

Proposition 7 : entrave à la liberté de choix des méthodes de travail du Président et du Premier ministre et limitation de l’efficience du tandem qu’ils constituent.

Proposition 8 et 11 : ingérence dans le fonctionnement des cabinets ministériels et de la présidence de la République.

Proposition 12 : création d'un droit d’enquêtes parallèles Justice et Parlement.

Les conclusions que j’en tire.

-  Il faudrait peut-être rappeler aux sénateurs que la Constitution sépare le Législatif de l’Exécutif et de la Justice. Leurs propositions ne me paraissent pas très constitutionnelles. Inquiétant pour des "représentant du Peuple"

-  Les critiques récurrentes sur le train de vie du Sénat, les privilèges que les Gilets Jaunes attribuent aux sénateurs, les errements constatés parfois sur les frais de mandat et les allocations pour l’emploi d’assistants parlementaires devraient certainement faire réfléchir les sénateurs à appliquer ces excellentes recommandations à eux-mêmes quant au choix de leurs collaborateurs, conseillers occultes, relations avec les lobbies, etc.

-  Si je cède à la tentation, sur mon gilet Jaune le slogan "Macron démission" sera remplacé par  "Sénat suppression"