Cette semaine post Fête Nationale, impossible d’écouter la radio, regarder la télévision ou lire un journal sans tomber sur une surenchère de superlatifs tournant autour d’un prétendu « Scandale d’Etat » voire un « Macrongate » si on s’en réfère au chef de la France Insoumise qui excelle toujours aux superlatifs.

Le motif : un gros bras qui navigue dans les services d’ordre politique de Gauche, s’est laissé aller à malmener des manifestants en marge du défilé syndical du 1er mai, ce qui est déjà répréhensible, mais en plus il a été filmé et la séquence a tourné sur les réseaux sociaux.

Tout l’accuse et rien ne l’excuse : il n’avait rien à faire là ; il a usurpé la qualité de policier pour se défouler et il a utilisé son appartenance au dispositif de l’Elysée pour tenter de manipuler les faits. Il est inexcusable et doit être sanctionné.

Il s’agit manifestement d’une erreur de casting… qui dure. Il semble habitué à utiliser toutes les ficelles puisqu’il aurait réussi (selon les rumeurs colportées par la Presse) à soutirer : salaire mirobolant, logement et véhicule de fonction de luxe, haut grade dans la Réserve de la Gendarmerie, accès permanent à l’Assemblée nationale, port d’arme… et que ne va-t-on pas découvrir ou allèguer en plus.

Que crient les loups de l’opposition : c’est la faute à Macron ! Le Premier Ministre ou a minima le ministre de l’intérieur doivent démissionner ! C’est une affaire d’Etat au moins aussi importante que l’affaire Mazarine !  C’est le retour des barbouzes du S.A.C (cher aux gaullistes) des années 60.  Cela révèle l’existence d’une police parallèle...

Je suis étonné qu’ils ne demandent pas (pas encore ?) qu’on annule l’élection présidentielle !

Il est assez significatif de voir la présidente du Rassemblement National, parti inquiété pour l’usage supposé irrégulier de fonds européens et qui dénonce un acharnement des autorités françaises, lancer l’hypothèse d’une « police parallèle » qui viendrait étayer les persécutions dont son mouvement serait victime. Récupération et instrumentalisation partisane.

Il apparaît clairement que le Président n’est pas aussi infaillible qu’il aime à le faire croire et qu’il devrait sérieusement verrouiller son organisation rapprochée. Un jeune ambitieux plein de culot, recruté pour son allant, peut se révéler être un vampire.

Alors, qu’y a-t-il de dérangeant dans ce déferlement d’informations et de prises de position crescendo ?

L’Assemblée Nationale était en pleine discussion sur la réforme constitutionnelle voulue par le Président et La République en Marche, sujet qui, selon les sondages, ne révolte pas la majorité des Français.

En quoi consiste notamment la partie la plus visible ce projet pour le Parlement ? Diminution de 30% du nombre de Députés et de Sénateurs. L’Assemblée ne comporterait plus que 404 élus au lieu de 577 et les sénateurs passeraient de 348 à 244. Cette opération devrait permettre d'économiser, selon certaines évaluation dans la Presse, plus de 200 millions d'Euros chaque année soit plus d'un milliard par législature !

 Bien entendu, les députés et sénateurs d’opposition sont vent debout contre cette réforme.

 D’abord, par principe : puisqu’elle vient de la majorité, il faut s’y opposer. Il s’agit du B.A.-BA de l’opposition. C’est ainsi que lors de chacune des dernières alternances, les nouvelles majorités ont consciencieusement détricoté ce que leurs prédécesseuses avaient fait. Un pas en avant, un pas en arrière, le Pays n’avance pas beaucoup et l’incertitude juridique s’accroit. Parfois d’ailleurs, dans un sursaut de lucidité, les élus font machine arrière et rétablissent des dispositions qu’ils avaient abrogées par pur dogmatisme.

 Ensuite, les élus (surtout les députés) dénoncent un éloignement néfaste d'avec la population.

Un ancien parlementaire (remercié depuis), excipait qu’avec le dernier redécoupage des circonscriptions en 2010, la sienne qui comprenait 100 communes auparavant, était passée à 300 et que les maires lui signalaient qu’ils le voyaient moins souvent. Il en déduisait qu’il ne fallait pas augmenter le nombre de maires dépendant d’un même député en réduisant le nombre de ces derniers. Les mêmes chiffres peuvent s’interpréter de plusieurs manières selon l’angle avec lequel on les aborde. La France compte 35 000 communes, donc 35 000 maires. S’il y avait moins de petites communes, il y aurait moins de maires et donc moins d’interlocuteurs pour un député.

Il serait beaucoup plus efficient de faire dialoguer moins de parlementaires avec des présidents de communauté d’agglomération ou de communes, moins nombreux, mais sur de plus gros dossiers structurants. Les maires de petites ou très petites communes confessent bien souvent leur impuissance faute de moyens et de capacité à peser.

 La France souffre de façon congénitale d’un mille-feuille administratif qui coûte « un pognon de dingue » comme dirait l’Autre et toute tentative de modification est torpillée par ceux-là même qui sont visés, au nom de l’intérêt commun bien sûr. Pas question de toucher au nombre de maires. Pas question de s’interroger sur l’utilité des conseillers départementaux. Pas question de toucher au nombre de parlementaires.

 Rationnellement, une stratification entre Communauté de Communes ou d’Agglo / Conseil Régional / Etat serait suffisante pour faire fonctionner harmonieusement notre République et améliorerait sans doute la vitesse et l’impact des décisions.

Dernièrement, avant le « scandale d’Etat ! », un reportage était consacré à la réforme constitutionnelle dans un journal télévisé national. Une Française, interrogée sur un marché, trouvait a priori plutôt bien de limiter les dépenses publiques en allégeant le nombre d’élus (cf.chiffrage ci-dessus).

Au même instant, sur ce même marché, le député local ameutait préventivement les citoyens pour les avertir que dans ce département rural, avec la réforme, le nombre de députés passerait de 4 à 2. Très visiblement, il défendait son emploi. C’est son droit, mais défendait-il l’intérêt de ses électeurs et/ou celui des Français ?

Une ménagère qui venait d’être haranguée, abonda dans son sens, en expliquant qu’elle avait été à la permanence de ce député pour réclamer et obtenir une place en crèche pour sa petite-fille et qu’elle n’était pas d’accord du tout pour la suppression de ce député. Fallait-il comprendre qu’elle espérait pour bientôt un accroissement de sa descendance et pouvoir quémander une autre place en crèche ?

 Il y a une énorme confusion sur le rôle d’un député. Les Français les considèrent souvent comme de super assistantes sociales qui peuvent utiliser leur entregent afin de faire obtenir des faveurs locales. Ce n’est pas cela le rôle premier d’un député !  Constitutionnellement, le rôle d’un député est de participer aux travaux du Parlement pour établir et voter les Lois et contrôler l’action du gouvernement.

Ce qui me dérange dans toute cette agitation, c’est que je trouve extrêmement choquant le comportement  actuel de certains députés. Officiellement, ils peuvent prétendre qu’ils sont dans leur rôle de « contrôle de l’action gouvernementale » en feignant de croire que la dérive individuelle manifeste d’une brebis galeuse isolée est significative de la Politique du Gouvernement. C’est la bonne vieille pratique du prétexte qui a permis bien des invasions ou des répressions dans le passé.

Mon analyse est que, de l’extrême droite à l’extrême gauche, les Oppositions font l’union sacrée pour saboter la réforme constitutionnelle, faute de trouver des arguments pertinents sans doute ? La "diversion Benalla" est une aubaine inattendue pour essayer de faire capoter définitivement ce projet à coup d’indignation sur jouée et en invoquant une « affaire d’Etat » qui doit prendre le pas sur tous les autres travaux, alors que c'est tout au plus une "affaire d'été" comme le disent Les Echos

 Il s’agit d’un terrible aveu de faiblesse des Oppositions et c’est en même temps pitoyable !