Depuis le 1er juillet 2018, la vitesse sur les routes secondaires sans séparateur central a été limitée à 80km/h au lieu de 90km/h.

La majorité des Français est vent debout contre cette modification qualifiée de « technocratique parisienne » et les cotes de popularité du Premier Ministre ainsi que du Président de la République se sont soudain dégradées.

Les arguments les plus fréquemment entendus contre cette évolutions sont, pêle-mêle :

-       Les technocrates parisiens n’utilisent pas de voitures pour se déplacer ;

-       La vitesse n’est pas la première cause de mortalité sur les routes ;

-       Les routes secondaires ne sont pas les plus accidentogènes

-       Il faudrait appliquer la mesure aux routes tortueuses, pas aux routes rectilignes et dégagées ;

-       Les accidents mortels impliquent surtout des camions ;

-       Les accidents mortels sont surtout corrélés aux conditions météo et au manque de luminosité ;

-       C’est juste un moyen pour l’Etat de remplir ses caisses avec les amendes ;

La Voix du Nord de dimanche 1er juillet présente en page régionale un papier intitulé : « Ces routes meurtrières concernées par la passage à 80 km/h », issu d’une collaboration entre des rédactions de la Presse régionale et traitant des données de Sécurité routière des Hauts-de-France.

Des faits et des chiffres régionaux permettent de mettre en perspective les assertions populaires.

« Les technocrates parisiens n’utilisent pas de voitures pour se déplacer ». Argument futile. Si on suit ce raisonnement, la Haute Administration (située dans les ministères à Paris) ne devrait s’intéresser qu’aux boulevards périphériques et autres rocades urbaines, au RER et au métro parisien. Que penseraient les provinciaux qu’on laisserait se débrouiller localement avec la « Loi de la Jungle » pour arbitrer tous les tracas qu’il faut règlementer pour le confort et la sécurité de tous ?

« La vitesse n’est pas la première cause de mortalité sur les routes » C’est exact : selon les chiffres de la prévention routière, la conduite sous influence de l’alcool serait à l’origine de 30,9% des tués et les excès de vitesse de 25%. Cela indique clairement qu’en agissant sur ces deux facteurs on essaie de réduire la moitié des causes d’accident. Il serait stupide de ne travailler que sur la première cause.

« Les routes secondaires ne sont pas les plus accidentogènes » D’après La Voix du Nord, malgré la densité importante de voies autoroutières dans la région des Hauts de France, les autoroutes ne concentrent que 13% des accidents ; plus de 50% des accidents ont lieu sur des routes secondaires.

« Il faudrait appliquer la mesure aux routes tortueuses, pas aux routes rectilignes et dégagées » Toujours dans l’article de dimanche, il est indiqué que 72% des accidents sur les routes bidirectionnelles surviennent alors que la route est parfaitement droite et dégagée, sans intersection ni courbe.

« Les accidents mortels impliquent surtout des camions » Là encore les statistiques régionales sont implacables : 67% de voitures impliquées dans les accidents mortels, contre 12% de motos, 11 % d’utilitaires (fourgons, camionnettes), 7% de camions et…3% de vélos.

« Les accidents mortels sont surtout corrélés aux conditions météo et au manque de luminosité » Le journal cite les chiffres suivants : dans 72% des accidents mortels dans les Hauts-de-France, la météo était normale et les chaussées sèches ; 56% des accidents mortels sur les routes bidirectionnelles ont eu lieu dans la journée, 9% se déroulant à l’aube ou au crépuscule et 35% pendant la nuit.

« C’est juste un moyen pour l’Etat de remplir ses caisses avec les amendes » Quelqu’un avait déclaré un jour que la Loterie nationale et autres jeux de la Française des jeux « étaient un impôt sur les imbéciles » Sans prendre parti dans cette affirmation, je serai tenté de la paraphraser en disant « Les amendes pour excès de vitesse sont un impôt volontaire sur les chauffards »

Les Français ont des conceptions très personnelles sur la circulation routière. Ainsi d’un sondage paru il y a quelques années il ressortait que 3/4 des Français considéraient qu’ils conduisaient mieux que la moyenne… ce qui statistiquement laisse perplexe, la moyenne étant à la moitié et leur manière de conduire servant à établir la moyenne. On entend parfois que : « Dans la vie il y a trois sortes de gens, ceux qui savent compter et ceux qui ne savent pas » …

Les conclusions de La Voix du Nord sont : « En s’attaquant à la vitesse sur les routes secondaires, la gouvernement cible donc le bon réseau pour faire baisser le nombre de morts sur les routes. Car, contrairement aux idées reçues, c’est bien dans les lignes droites, par beau temps et en journée que les Nordistes meurent »

 

 A méditer, avant de râler comme tout bon Français... moyen.