Emmanuel Macron fête ce printemps le premier anniversaire de son élection à la Présidence de la République.

Que l’on ait voté pour lui ou pas, force est de constater qu’il respecte son thème majeur, martelé en campagne électorale : il a engagé une dynamique de transformation des us et coutumes du Pays.

Encore une fois, on approuve ou pas mais c’est un fait : ça bouge dans la maison France. On peut gloser à l’infini, notre Constitution lui donne un mandat de 5 ans pour gouverner tant qu’il garde une majorité à l’Assemblée Nationale. En 2022 on revotera pour élire notre Président.

Je suis personnellement un peu las des procès en légitimité qui lui sont intentés, comme par exemple lors du dernier débat-interview télévisé sur BFM avec deux journalistes particulièrement retors et irrévérencieux. On connaît tous les circonstances exceptionnelles qui ont aligné les planètes et permis son élection. Il a recueilli la majorité des voix exprimées au deuxième tour (66,10%), ce qui est notablement différent du pourcentage des voix des inscrits (43,61%).

Prétendre que cela le rend illégitime est intellectuellement particulièrement malhonnête.

Emmanuel Macron a engrangé 18.19% des inscrits au premier tour. Aucun des autres candidats n’a fait mieux : M Le Pen (16,14%), F Fillon (15,16%), JL Mélenchon (14,84%), B Hamon (4,82%).

Si on suit le raisonnement de Monsieur Plenel de Médiapart, aucun des candidats n’était légitimable après le deuxième tour !

Pour enfoncer le clou, et comme c’est surtout l’extrême gauche qui instruit ce procès en illégitimité, il faut (un peu perfidement) faire remarquer qu’à Marseille, Jean-Luc Mélenchon n’a attiré que 14,17% des inscrits au premier tour des législatives et a été élu avec 19,96 % des inscrits au 2ème tour. Les proportions des inscrits ralliés aux deux tours sont inférieures à celles d’Emmanuel Macron lors du scrutin présidentiel : est-ce que cela fait de M. Mélenchon un député illégitime ?

Autre sujet de mécontentement.

Le gouvernement a décidé de réformer en profondeur la SNCF. Il était évident, vu le passé de combativité syndicale de l’institution que cela ne se ferait pas sans réactions.

Eliminons le lien de causalité entre la dette de la SNCF et le statut des cheminots : il est inexistant. Notons cependant que lors du fameux débat-interview, le Président de la République a annoncé que dès 2020, l’Etat reprendrait de la dette. Ce n’est que justice, cette dette a été essentiellement creusée pour desservir en lignes TGV (dont beaucoup peu rentables) les bases électorales d’élus influents de tous bords, au mépris du maillage fin du territoire (les petites lignes).

Un leader syndical, qui la veille du débat réclamait encore à corps et à cris cette annonce, commenta le lendemain que c’était une « non annonce » et argumenta : « On le savait ! Ils prévoient de transformer la SNCF en société anonyme de droit commun, soumise au code du Commerce. De ce fait, il y a un maximum de dette qu’une entreprise peut avoir par rapport à son capital, donc l’Etat est obligé de reprendre de la dette »

Le raisonnement est parfaitement juste. Ameuter l’opinion publique sur le refus de l’Etat de reprendre la dette de la SNCF était juste de l’intoxication, une « fake news » comme certaine dit maintenant à Flines.

Parlons maintenant en tant qu’usager des TER (trains express régionaux) : le mouvement de grève est gênant pour quiconque doit se déplacer pour le travail. Un plan de circulation dégradée est élaboré et affiché. Un certain équilibre entre droit de grève des cheminots et liberté de circuler des citoyens se met de facto en place. Les Français font contre mauvaise fortune bon cœur.

Mardi 9 avril, un des rares trains de la journée pour Lille était prévu vers 7h à Orchies. Il a circulé avec plus de 3/4 d’heure de retard, une cinquantaine de cheminots ayant envahi les voies à Aulnoye pour bloquer l’unique train de la matinée (la Voix du Nord du 10 avril). Un membre de la CGT déclarait le même jour au journal : « Les gens comprennent pourquoi on se mobilise ». On ne peut que lui conseiller de lire le sondage du JDD cité en fin de billet !

Jeudi 19 avril : jour de grève ordinaire à la SNCF.

Ordinaire, pas tout à fait : une trentaine de manifestants (qualifié de « cheminots » dans la Voix du Nord du 20 avril) a envahi les voies de la gare de Lille Flandres de 7h30 à 8 h environ.

L’horaire et la durée sont choisis pour une nuisance maximale : à cette heure, ce sont des TER qui entrent principalement en gare ; les rares trains du plan de circulation dégradée sont pris d’assaut et les voitures sont pleines à craquer de passagers dont beaucoup sont dans l’inconfort, debout et comprimés.

Les manifestants ont libéré les voies au bout d’une demi-heure et peuvent de manière très hypocrite dire qu’ils ont effectué une occupation symbolique. Ce sont les voyageurs qui ont déclenché la pagaille et bloqué le trafic jusqu’à passées 9h en descendant sur les voies pour gagner la gare à pied. Si les voyageurs ont tiré les alarmes, ce n’est pas la faute des manifestants : les passagers n’avaient qu’à respecter les consignes et attendre. Bel exemple de cynisme : comment patienter, coincé à 400m de la gare quand on est debout depuis un long moment déjà et compressés ?

Le droit de grève est garanti par la Constitution et doit être respecté. Les comportements nuisibles et cyniques ne grandissent pas la cause des cheminots et sont contre-productifs. Ils risquent au contraire de radicaliser encore plus la population.

D’après un sondage de L’IFOP pour le « Journal du Dimanche » du 23 avril, 43% des Français estiment justifiée la grève des cheminots (chute de 3% en une semaine) ; 57% (+ 3%) considèrent que le mouvement n’est pas justifié ; 61% (stable) souhaitent toujours que le gouvernement « aille au bout de la réforme de la SNCF telle qu’elle a été annoncée » et 78% pensent que ce sera le cas.

Jusqu’au-boutistes de tous bords, méditez ce sondage si l’envie vous reprend à nouveau d’enfreindre le règlement de la SNCF, de bafouer le droit des non-grévistes à travailler et d’aller « emm…er » par pur désir de nuire d’autres salariés.