Un matin de juillet  était organisé sur France Inter un des ces débats d’été qui permettent de traiter légèrement et sans trop d’engagements des sujets graves et sont l’occasion de maintenir un peu d’activité cérébrale tout en ne se prenant pas trop au sérieux.

Le thème était : « Faut-il supprimer l’élection présidentielle ? » Tout un programme, qui serait peut-être ressenti comme subversif à un autre moment de l’année mais qui pimente un peu la torpeur de l’été.

Je ne sais pas exactement ce qu’il s’y est dit car je n’ai capté que quelques instants de l’analyse d’un des participants. Pour résumer, il énonçait que « l’élection au suffrage universel du président de la République Française engendre la plupart des maux de notre cinquième République » Il comparait avec d’autres démocraties où les députés sont élus et où, automatiquement, le leader de la majorité dégagée (soit coalisée, soit constituée d’un seul parti) devient chef du gouvernement et gouverne. Il y trouvait une cohérence naturelle. Pour mémoire, nous avons vécu un système similaire lors de la quatrième République. Immaturité de nos politiciens ? Goût bien français de la polémique ? Arrogance typique d'élus qui "savent" être les seuls ayant compris la problématique (quelle qu'elle soit) et détenir LA solution… Les gouvernements étaient si instables que le système a été présidentialisé à outrance par la constitution de la cinquième République. Les petits jeux politiciens auront eu raison d’un système qui paraît plutôt logique.

Force est de constater qu’avec le système constitutionnel actuel, le résultat final est bancal. On a l’impression que ce qui prime c’est l’élection d’une espèce de « Superman » (nom de code : le Président) dont on attend tout et que l’élection d’une Chambre des députés pour voter les lois est secondaire, servant juste à donner les moyens de faire au premier.

Les faits ont cependant montré, lorsque les cohabitations étaient possibles, que le premier ministre était forcément choisi au sein de la majorité élue à la Chambre des députés : le chef du gouvernement doit obtenir la confiance de l’Assemblée nationale sur son programme de politique générale. Les élections les plus importantes sont  bien les législatives.

Bien sur, pour éviter les cohabitations paralysantes, on a pris deux mesures.

-       Homogénéisation de la durée des mandats présidentiels et législatifs : quinquennat pour tout le monde !

-       Inversion de l’ordre des élections : on élit le président puis ensuite les députés.  Le parti dont est issu le président demande aux électeurs d‘être logiques et de lui donner une majorité tandis que l’opposition demande de ne pas lui donner trop de pouvoir et d’élire en grand nombre des députés du bord opposé.

Ces  deux mesures techniques n’empêcheront pas forcément les cohabitations. Notamment en cas de décès du président en cours de mandat, le successeur pourrait se retrouver dans ce cas (et pourrait s’en tirer par la dissolution de l’Assemblée) ou en cas de coalition majoritaire turbulente comme l’actuelle qui nous fait vivre une sorte de cohabitation qui ne dit pas son nom.

Comment sortir de ce piège, tout en remplissant les critères suivants ?

- Respecter l’appétence des Français pour l’élection au suffrage universel du président.

- Conserver l’exercice démocratique des primaires qui séduit beaucoup de Français.

- Restaurer la vraie prééminence de l’Assemblée tout en évitant les jeux politiciens de la quatrième République ou les blocages stériles du système américains par lequel les élus (Représentants et Sénateurs) peuvent entraver jusqu’à l’absurde l’action du Président, comme c’est le cas actuellement.

Une idée pourrait être de panacher pour l'élection présidentielle le suffrage universel direct et l'indirect.

Les primaires seraient institutionnalisés et remplaceraient l’élection du président au suffrage direct.

Organisées le même jour par la République, elles feraient voter tous les Français sur des listes de candidats à la fonction suprême (avec bien sûr un système de filtre à inventer pour dissuader les candidatures fantaisistes ou d’opportunité.)

Les Français exprimeraient leurs choix en classant les candidats déclarés dans chaque parti ou coalition électorale : dans telle formation je choisirai dans l’ordre tel et tel. Seuls les deux mieux classés seraient retenus dans une « short list» des présidents potentiels.

Seul le rang de classement par famille serait retenu, le nombre de voix étant non significatif, un électeur pouvant donner sa voix à de nombreux candidats. Un électeur de Gauche pourrait ainsi classer les candidats de Droite en fonction de leur aptitude supposée à être le meilleur président par défaut en cas de défaite de sa sensibilité : un électeur de Droite ferait la même chose pour les candidats de Gauche. Pour sa sensibilité politique, on choisit ; pour le camp adverse, on élimine. Ce système favoriserait les candidats les plus rassembleurs.

 Illustrons par une projection d’un vote imaginaire en 2017.

 A l’issue des ces primaires institutionnelles organisées en avril 2017, les Français et non pas les seuls sympathisants de tel ou tel parti, auraient choisis et classés les impétrants de la manière suivante.

Pour les Républicains : 1) Alain Juppé, 2) Nicolas Sarkozy, 3) Bruno Lemaire, 4) François Fillon, etc.

Pour le Front National : 1) Marine Le Pen, seule candidate

Pour le Parti Socialiste : 1) Manuel Valls, 2) Ségolène Royal, 3) Jean-Yves Le Drian, 4) François Hollande, etc.

Pour le Front de Gauche : 1) Jean-Luc Mélenchon, 2) Pierre Laurent, seuls candidats.

Pour le Centre : 1) François Bayrou, 2) Jean Christophe Lagarde, 3) Yves Jego, etc.

Pour Europe Écologie les Verts : 1) Nicolas Hulot 2) Cécile Duflot, 3) Emmanuelle Cosse, etc.

La liste des présidentiables potentiels issus de ces primaires serait : Alain Juppé,  Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Manuel Valls,  Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, François Bayrou, Jean Christophe Lagarde, Nicolas Hulot, Cécile Duflot.

Les Législatives seraient ensuite organisées et la première mission des nouveaux députés serait d’élire immédiatement un Président de la République, (avant même d'élire le président de l'Assemblée), choisi dans la liste des présidentiables issues des Primaires.

La démagogie inhérente à la création de l’image d’un « Superman » serait ainsi annulée par la majorité des députés.

 

Qu’en pensez-vous ?